C'était le vendredi 2 mai.
Juste après le 1er mai, juste avant le ouikend, c'était le seul vrai dernier jour des vacances scolaires.
Comme la tribu venait d'acquérir à prix prohibitif des passeports pour aller voir La Souris Ricaine, on s'est dit (j'avoue,
je me suis dit)
ah bah tiens on pourrait y aller vendredi, les enfants seront contents. Naiveté confondante de la mère de famille qui n'a plus un seul neurone qui cliquette dans le bon sens depuis plusieurs mois.
Alors la ptite tribu a préparé les sacs, les sandouiches, et le vendredi 2 mai, tout le monde était en bas de l'immeuble à 8h40, tenues légères, grands sourires, prêts pour aller prendre le train.
Trois adultes, 5 enfants, une Patate en poussette.
S'apprêtant à passer une bonne journée plein de souvenirs rigolos et de détails cocasses, avec des petits accidents drôlatiques comme toujours il en arrive dans les voyages et expéditions de la tribu.
Totalement ignorants du funeste nuage d'emmerdes entrain de s'amonceler au dessus de leurs faces réjouies. Là je les regarde et j'ai envie de leur crier:
Retournez vous coucher, bande d'abrutis!Hum.
8h40, tout le monde en bas, on y va, on rigole, on projette, on n'est pas trop réveillés, on est un peu barbouillés, on est beaucoup excités, surtout les moins de 9 ans.
9h00 on monte dans le train, les tickets, au prix remarquablement élevé malgré la carte famille nombreuse, sont dans la poche.
10h13, premier SMS affolé envoyé à
lili:
Ya déjà 30000 gens dans le rer pour mickey, on est en totale flippe
En effet, une invasion de touristes parlants divers patois européens nous contraint à nous resserrer sur quelques sièges avec les plus petits de la tribu sur les genoux. L'air devient difficilement respirable, on se regarde avec des airs mi-figue mi-raisin, on essaie de faire bonne figure, mais tous ces gens qui RESTENT dans le RER après Nation, c'est
obligé qu'ils vont avec
nous chez Mickey. Les enfoirés! Ca fait 6 ans que j'y vais, je n'ai
jamais vu une rame de RER aussi bondée, je sais déjà que ça va être la chiasse. Je garde le sourire, mais dans le dedans de moi, je prie pour retrouver très vite mon lit. Je ne serai pas exaucée.
11h08, après une arrivée au miyeu d'une foule compacte de gens, un passage devant les vigiles sensés fouiller les sacs que n'importe quoi, entre mon grand cabas, mon sac à langer, le sac à dos du Chéwi et celui d'Alix, à peine entrouverts par les sbires de la souris, il y a de quoi remonter discretos un lance flammes dans les kiottes de Mickey hein, et après une attente hallucinante pour ENTRER dans le parc alors qu'on a DEJA les billets, deuxième SMS, le seul à être teinté d'optimisme, accompagnant une photo de la Lutine, du PitiGasson et de Mini, coiffés de ridicules bonnets Dingo:
on garde le sourire kamème
Mouarf. Ca ne va pas durer longtemps, moi je vous le dis. Des gens. Partout. Des gens, des milliers de gens, de toutes sortes, plein, partout, des gens partout, pas un centimètre carré sans gens, je n'ai jamais vu ça. Du délire. On décide d'aller faire nos passeports tout de suite, comme ça on sera débarrassé, et on ne sera pas venus pour rien, de déjeuner, de faire deux trois attractions et de nous casser vite fait.
Déjà au bureau des passeports je tombe sur la très gentille goyote de service, très gentille, mais très goyote, qui me foire mes passeports, et qui doit tout recommencer. Temps estimé: 40 minutes, à lui faire une aimable conversation parce que je suis polie et qu'elle fait un boulot de chien et qu'elle a une minerve et donc je souffre pour elle.
Le déjeuner? A peine installés à des tables désertes devant un restaurant vide, que s'élève la délicieuse et sublime et merveilleuse musique de mon instrument préféré que je l'aime trop ouhla c'est de l'amour pur, les DJEMBES. C'est avec une migraine et une envie de tuer le premier qui se mettra au travers de notre route que nous quittons nos tables, après avoir blindés nos estomacs de sandouichs et de chips.
J'envoie un SMS qui stipule que, je cite:
ici c'est l'enfer limite on va rentrer (...) c'est blindé de monde
et [BIP] est chiant comme la pluie
Je te laisse deviner ami lecteur, qui est le pénible personnage de bientôt 4 ans et demi qui fait tourner sa mère en bourrique... hum. Il est 12h55, et là vraiment, on sent que la journée est foutue.
On ne sait pourtant pas encore à quel point le karma a décidé de nous en faire baver. L'hôtesse d'accueil nous a remis à l'entrée des billets qu'on a pris pour des FastPass nous ouvrant n'importe quelle attraction utilisant ce système, et sur n'importe quel créneau horaire.
Ne me demandez pas, nous sommes d'une naïveté confondante! Après avoir regardé les temps d'attente estimés de nos attractions favorites, il nous apparait improbable de faire patienter plus d'une heure 5 enfants et une PatateQuiFaitPasDodo, pour une attraction de 2'15''. On décide alors, que bon, ok, Buzz l'éclair avec les Fast Pass, et on se casse. Après un trajet long et pénible à travers la foule qui je ne le crois même pas ne parle pas un mot de français, on en arrive à la cruelle et ultime désillusion: nos FastPass magiques ne sont en fait que de vulgaires billets destinés à
obtenir des fast pass, vu que nous étions en route pour obtenir nos passeports. ARGH.
La coupe est pleine, il fait chaud, les enfants sont fatigués par le bruit et le monde, nous aussi, on décide qu'on se casse, y'en a marre, on s'arrache, on met les bouts, on met les voiles, on s'éjecte, en un mot comme en cent, on RENTRE. On négocie un passage pour une tite bricole à pas cher chacun dans la grande boutique histoire de faire passer le fiasco total, et miracle ô miracle, seule merveille étincellante, seul joyau au milieu de cette journée de gravats, les enfants acceptent sans chouiner ni râler ni rien, incroyable.
Ils seront venus à Disney et n'auront fait qu'une seule attraction: ils ont visité la grotte du Dragon de la Belle au bois de Dormant, ceux qui connaissent apprécieront la vacuité de la chose. Pendant ce temps j'envoie encore un SMS, il est 13:22:
348 personnes au m2 je vais dcd
Le désespoir est grand, je veux mon lit!
Enfin on sort du Parc, et on arrive au RER. Bien sûr, c'est un RER à deux étages, éminément pratique quand on est équipé d'une grosse poussette. Bien sûr.
Après 45 minutes de RER à tenir 5 enfants et une PatateQuiFaitToujoursPasDodo, pendant lesquelles ce SMS est envoyé, à 14 34:
On est dans le rer on rentre. FUCK DISNEY
nous voilà arrivés à la gare où l'on doit prendre le train.
Bien sûr, l'ascenseur qui mène au quai ne fonctionne pas.
Bien sûr dans l'interphone la grognasse qui me répond me dit qu'il fonctionne et refuse de m'ouvrir la porte entre les tourniquets pour que je puisse passer.
Bien sûr on a l'air de gros resquilleurs à faire passer la poussette par dessus les tourniquets.
Bien sûr, je me luxe à moitié l'épaule en passant par dessus, bon sang je n'ai plus 20 ans, c'est la louze!
Quand on arrive ENFIN devant le tableau des départs, notre train est à 15h30 soit dans 3 minutes, et nous voilà entrain de courir dans le grand couloir, 3 adultes, 5 enfants et une PatateQuiDortPasEtQuiRigole, on arrive à bout de souffle sur le quai, juste à temps pour entendre la voix désincarnée du haut-parleur annoncer que tout le traffic est bloqué en raison d'un accident de personne.
PLUS
AUCUN
TRAIN
NE
CIRCULE
On est sur le quai de la gare, il est 15:30, on a déjà plus de deux heures de transport dans les pattes et un séjour plus que pénible chez la souris, 5 enfants et une PatateFatiguée sur les bras, on est épuisés, sales, dépenaillés, et il n'y a
aucun train de prévu.
Bien sûr, c'est à ce moment précis que la couche de la Patate déborde.
Bien sûr c'est très pratique de changer intégralement un bébé trempé sur un quai de gare crapouille, au milieu de gens énervés, d'enfants surexcités, et d'annonces haut-parleur particulièrement agaçantes. Ô toi qui me lit, je te recommande une fois dans ta vie ce chaleureux moment, c'est... particulier on va dire.
On finit par annexer intégralement une bulle de verre et on y fait assoir les mouflets, on prend notre mal en patience, on rationne l'eau qui reste, on distribue les compotes en gourde, on se lamente.
A 16h30, soit après une heure d'attente, on arrive à prendre un train, le seul, qui nous amène à la gare suivante, à l'air libre! Vous ne vous rendez pas compte, mais c'est déjà ENORME. Du soleil, de l'air presque pur, un horizon avec des choses à regarder... c'est magique, c'est beau c'est grand, c'est mieux que Disneyland, arf.
25 minutes plus tard, on monte ENFIN dans le train qui nous emmène chez nous. Limite on danse la carioca le nombril à l'air de joie et de soulagement, et quand on arrive chez nous il est 17h 20. Bien sûr on arrive sur le quai central de la gare, celui que tu dois te taper les escaliers
mit poussette pour rentrer chez toi, alors que d'habitude jamais tu n'arrives sur ce quai là. Mais on n'est plus à un détail près, ouhla, non. HOME SWEET HOME.
On arrive devant l'immeuble à 17:30, ça fait
neuf heures et demie qu'on est partis, et tout ça pour aller manger des sandouichs et des chips chez Mickey, la vie est une pute vérolée qui sent de dessous les bras, et moi je suis désolée, mais cette semaine, je sèche l'école vendredi, on m'a volé une journée de vacances, je RE CU PE RE mon jour manquant. Qu'on vienne pas me chercher des pouxes dans la tête hein.
Vendredi prochain, je fais le pont.
Un point, c'est tout.
Cette note n'était pas sponsorisée par des gens qui détestent DisneylandParis, loin de là, mais à y réfléchir, si tu as choisi le vendredi 2 mai 2008 comme première expérience pour aller faire coucou à Mickey et ses potes, tu n'as pas du être déçu du voyage...