- la taie d'oreiller, blog antirides préventif -


24 avril 2006

démerde toi

Si l'on se renseigne un peu, il y aurait comme trois grands courants qui se dégagent en matière d'élevage de gniards. Pardon, d'éducation. Je résume pour ceux qui ignorent tout, bienheureux, de cette discipline très intéressante qui consiste à faire pousser le marmot droit (enfin le moins tordu possible).
Trois courants donc.
L'éducation autoritaire est celle qui consiste à enfiler des rangers et sortir le fouet, dès lors que Madame a ovulé et conçu, dans les limites autorisées et avant le couvre-feu, comme de bien entendu. L'enfant fera là où on lui dit de faire, et de préférence au dessus du trou et sans enquiquiner ses géniteurs, sinon il lui en cuira. Tant pis pour lui, ça lui forgera le caractère. L'éducation autoritaire c'est celle de la baffe, des règles immuables inscrites dans le gras de ton cul à coups de ceinturon, ou version soft, c'est celle de on ne met pas les coudes sur la table Imogène, tu fais du bruit en avalant ta soupe c'est insuportable, sors de table immédiatement et monte dans ta chambre, à demain. L'éducation qui te fait espérer vainement que tu as été adopté, mais en fait non.
L'éducation permissive, elle, a un fort arrière goût de vomi post 68 mal digéré, l'enfant est roi et il fait ce qu'il veut, mais qu'il ne s'étonne pas de recevoir quand même sa torgnolle, quand il redemande pour la 50ème fois un bonbon et qu'en face on est énervé par une mauvaise journée au boulot. Le petit chéri a tous les droits, et surtout celui de s'élever tout seul, car de toutes façons personne ne passe de temps à y réfléchir à ses droits, pas plus qu'à ses devoirs d'ailleurs. Au final l'enfant est aussi mal loti que son pote qui vit au 36ème régiment de mange ta soupe ou crève. Lui il attend toujours qu'on lui dise de pas mettre les mains dans la soupe. Et il se brûle.
Enfin l'éducation libertaire est celle qui a comme priorité absolue la liberté et le respect de l'enfant, délimités par des régles sécuritaires. L'enfant peut s'épanouir dans la confiance et le confort de règles respectueuses et intelligentes, on encourage ses progrès, on lui montre comment dépasser ses difficultés, on lui apprend la dure loi de la vie tout en l'entourant d'amour.
C'est sûr que n'importe qui dirait: oué moi trop je prends l'éducation libertaire, c'est la plus mieux, je veux un enfant épanoui qui m'aime et que j'aime, et qui grandit dans la douce lumière bienveillante de l'amour familial.
Jusqu'au jour où vous vous retrouvez enceinte de ce qui est clairement un disciple de l'Antéchrist, voire pire, l'Antéchrist himself. Déjà dans votre ventre il a décidé tout à fait arbitrairement que vos viscères seraient pour lui le plus chouette des terrains de jeux, et il s' y donne à fond. Qu'un poumon ou une rate n'explose pas sous la force de ses coups relève du miracle gestationnel, pas moins. Ou d'une stratégie de survie élaborée: ne pas flinguer l'hôte avant de quitter l'hôtel.
Vous vous souvenez vaguement qu'enfant votre maman vous avait dit, alors qu'elle n'était clairement pas contente, qu'un jour vous mettriez au monde une fille aussi chiante que vous, pour la venger. Sauf que maman s'est un peu embourbée niveau jettage de sort, et qu'au final c'est un garçon qui est venu. Et qu'il n'était pas aussi chiant que moi. Non, il est mon maître es chiantitude. C'est le Roi des Chieurs, sans conteste. Il est persuadé de diriger l'univers et au-delà, et ces gens qui s'escagassent à lui faire croire que non, il n'est pas un chef suprême, sont vraiment obstinés, mais pas autant que lui, les pauvres, ils font un peu pitié.
L'enfant dispose de deux armes de très haute technologie pour dresser ses parents et essayer de les rendre dingues. La bouffe et le contrôle de ses sphincters. Autant dire qu'il possède une arme de destruction massive entre ses minuscules mains. Au travers du refus de manger tout ce qui ne correspond pas à son royal palais (à savoir tout aliment suspect autres que féculents, pain, yaourt, compote, chocolat et bonbons et trucs frits aussi) il sait inconsciemment qu'il panique son papa et sa maman qui le voit déjà crever de faim, alors que mouhahahahahahahahha, un enfant ne se laisse jamais mourir de faim, tous les pédos psys le disent. Les pédopsys ne connaissent pas mon fils, qui peut rester trois jours sans rien manger, et qui regarde la cuillère de légumes comme si on tentait d'empoisonner sa royale majesté, avant de la balaiyer d'un revers de main dédaigneux.
Grâce au contrôle de ses sphincters (ou non) il possède le pouvoir d'être félicité par ses parents pour un truc complétement répugnant et que la totalité de la population mondiale fait sans se poser de questions ni attendre d'acclamations, à savoir déféquer et uriner ailleurs que sur soi. Il possède aussi le pouvoir d'inonder ou de tartiner n'importe quoi de ses excréments, il peut faire régner la terreur. Heureusement pour moi, je dispose du modèle maniaque, qui n'a pas conscience de l'étendue de son pouvoir. D'autres parents n'ont pas cette chance, et je leur adresse une pensée émue et compatissante. Sincères condoléances pour le nouveau papier peint.

Ce qu'il faut savoir, c'est qu'il y a trois grands courants éducatifs, mais que surtout, un jour, il y a un enfant opposant, et que là c'est chacun pour sa goule, faut gérer au mieux avec peu de moyens et un maximum d'intelligence, pour survivre et surtout éviter de passer la chair de sa chair dans le micro-ondes, comme le sale gremlins qu'il est devenu.

Exemple:
Monsieur Deuzan est propre depuis 4 mois le jour (sieste comprise) et depuis environ un mois la nuit. Monsieur Deuzan adore aller aux toilettes, au point qu'il peut y aller trois fois en 10 minutes, avec déshabillage/rhabillage à la clé. Une fois pour le pissou. Une fois pour le gros caca. Une fois pour le petit caca qui faisait son malin et qui restait un peu en retrait. C'est la joie pour les parents de Monsieur Deuzan qui, éducation libertaire oblige, accompagnent sereinement l'enfant dans sa maîtrise sans cesse améliorée de la propreté, et le félicitent à chaque étape franchie. Monsieur Deuzan monte seul sur les toilettes sans marche pieds, à la barbare, il s'essuie le zizi comme un grand, et il tire sa chasse d'eau comme un pro, cela sous le regard émouvu de son papa et de sa maman, très fiers.
Souci: Monsieur Deuzan est maniaque, et il aime les rituels. Il faut donc le déshabiller complètement en bas avant qu'il n'aille aux toilettes, virer chaussures, chaussettes, caleçon et pantalon, et il faut rester avec lui, à contempler le Roi sur son trône. Soupir las et baillements mal réprimés.
Sauf que la maman de Monsieur Deuzan, elle en a marre. Marre d'accompagner l'enfant aux toilettes alors qu'il sait très bien le faire tout seul. J'ai donc réclamé ma tranquillité, et là j'ai vu un gamin hystérique se tenir le bout de la zigounette pour ne pas se pisser dessus et me hurler de venir avec lui. J'ai tenu bon malgré les cris et au bout de deux trois fois de ce manège, il y va à peu près seul. Deux fois sur trois environ.
Aujourd'hui il a décidé que non il ne pouvait pas aller aux toilettes avec le pantalon et le caleçon baissé, et ses chaussures aux pieds. Faire pipi en gardant ses chaussures, sous prétexte qu'on ne va pas tarder à ressortir, sa mère serait-elle devenue folle? Grands cris de rage, coups en tout genre, hurlements à faire apeller la DDASS illico, j'ai eu le droit à tout le répertoire dramatique de l'enfant obstiné et révolté. C'est à ce moment là précisément qu'on a envie de balancer l'éducation libertaire aux orties dont elle n'aurait jamais du sortir, et de passer à l'éducation autoritaire en flanquant une rouste au pénible. On s'arrête juste à temps, mais le petit fessier a failli avoir chaud, et là c'est la tentation de l'éducation permissive, sous ses deux formes: 1. je le laisse se pisser dessus et je vais me préparer un thé pour me remettre de mes émotions, ou 2. je lui enlève ses foutues pompes qu'il aille pisser et qu'on en finisse!
Et puis l'orgueil fait surface, et il est hors de question que ce machin relou gagne. Cependant il est aussi hors de question pour lui de céder. Il va donc falloir sortir l'arme dont aucun pédopsy ou bouquin ne parle: la feinte. Dire: bon puisque c'est comme ça, c'est ta soeur qui va aller aux toilettes à ta place. Normalement, avec ce coup là, je gagne quasiment tout le temps. Sauf pour les repas, où sa soeur mange du rab de légumes sous l'oeil blasé de son frérot qui s'en tamponne grave le popotin. Et donc sauf pour les toilettes, car je n'obtiens aucun résultat. Sa soeur fait pipi en gardant ses chaussures, l'inconsciente, et son frère hurle à la mort.
Il faut donc tempérer. Ce n'est pas plus la guerre, on entre en relations diplomatiques. Les explications, claires, fermes, posées, ne donneront aucun résultat. Vient le moment de concilier, de céder du terrain sans pour autant abdiquer. Il faut le faire en finesse, car sachez que sinon le dictateur en herbe saura utiliser dans le futur les armes que vous lui avez fournies sous prétexte de paix vite gagnée. Il faut réfléchir vite, il faut réfléchir bien. Et finir par sortir: bon puisque c'est comme ça, si tu veux, tu peux faire pipi dans l'herbe en bas de l'immeuble, quand on descendra pour raccompagner ta soeur à l'école. Et la victoire est enfin .
Le retour au calme après la tempête.
Dehors, dans le soleil, l'enfant urine dans l'herbe en gardant ses chaussures, l'honneur des deux parties est sauf, et les doigts de maman sont plein de pipi.

Je suis une mère libertaire, fière de l'être, et avec du pipi sur les doigts.
Ma vie ne pourrait pas être plus merveilleuse.





ps: après une explication au calme les yeux dans les yeux, ce soir Monsieur Deuzan a accepté de faire pipi sur les toilettes en gardant ses chaussures. Le mystère de son refus restera entier pour l'éternité et les siècles à venir.
ps2: mercredi je reçois ses nus-pieds, je peux vous garantir qu'avant d'aller au lit il saura les mettre et les enlever seul. Non mais.



ps-sssssiiitttt: si quelqu'un sait comment faire un ravissant et pratique et fonctionnel et sublime menu de liens comme celui de la non moins sublime et ravissante Pando qu'il/elle me maile d'urgence, le nouveau look du blog en dépend...