Il est 15:09. Une contraction vient d'essayer à la fois de me pulvériser le ventre et d'anihiler toute la zone périnéale. En clair, c'est dur comme du béton armé, ça tire, ça pousse, ça douille sa reum without spasfon. Je chope le téléphone, j'apelle Alix qui est tranquilou entrain de grignoter du chocolat dans le jardin de ses parents. L'appel durera exactement 16 secondes (oui j'ai vérifié), le temps de dire: "ok, là, c'est bon, je douille sévère, tu peux te ramener silteplééééééééééééééééé". Pareil à ma belle-mère, qui attend quand même depuis 9:00 du mat' bien sagement. Sauf que je suis un chouïa plus polie, c'est ma belle-mère quand même oh.
Je me lève, Chéwi a la tête du gars qui va à l'abattoir mais qui sait qu'il ne pas pouvoir y échapper: non mais attends j'ai trop trop trop plein de copies à corriger, une réunion alakon et tout, désoled darling, mais tu vas aller pondre all alone by yourself, mais non il n'ose pas, bien que c'est gros comme mon bide au milieu du salon que ça lui traverse momentanément l'esprit, à égalité avec la subite crise hémorroïdaire ou l'infarctus du poumon droit. Il sait qu'il va devoir attendre environ une éternité et demi avant de pouvoir grailler un truc, et déjà il défaille, le pauvre. Courageux, il va cependant chercher mon sac (une tonne huit) et le sac de la Boulette, celui avec le pyjama kro kro meuhgnon dedans (42 kilos).
Tout le monde est là, je douille avec les mâchoires serrées, histoire que ma Lutine ait encore envie de faire des enfants un jour, elle a bien idée que le bébé va sortir par la zézette de maman, son frère le lui a assez répété, mais je ne pense pas qu'elle visualise exactement la chose. En même temps si mon esprit pouvait éviter de penser dilatation la tout de suite, ce serait achtement mieux, hum hum hum, RESPIRE PROFONDEMENT! Un dernier bisou, dernières recommandations, je laisse mes zenfants avec ma belle-mère et son arme absolue, à savoir un gigantesque sac d'oeufs de Pâques, yeeee peeeeeeeee. Je peux aller pondre tranquille, mes enfants seront trop occupés à se faire la crise de foie du siècle pour mettre le boxon et envoyer leur grand-mère à Charenton.
Descendre l'escalier est légèrement une souffrance, et fugitivement je me dis que de toutes façons, va falloir que j'accouche aujourd'hui (mais pas tousuite tousuite non plus hein) parce que je serais infoutue de remonter les 32 marches. Marcher jusque la voiture? Un calvaire. Ca craque, ça grince, ça contracte, Chéwi et Alix sont loin devant, mais tout le monde il s'en fout de ma tronche ou quoi? Pourtant c'est qui qui accouche aujourd'hui je vous prie, hum? Bon alors!
S'installer dans la voiture, trodlaboulette (ahhahhahaah fallait que je la sorte, désolée), et l'oeil fixé sur l'horloge je compte les contractions, qui s'espacent, s'espaaaacent, disparaissent. Gné?
Arrivés à l'hosto, je ne contracte quasi plus, mais le pied posé par terre que hop ça repart, ce n'est pas bien violent mais ça interrompt considérablement la marche, j'ai l'air de jouer à 1 2 3 soleil!! devant la porte de la maternité, c'est rigolo, il fait super beau en plus. On arrive aux urgences maternité, et là, les amis, l'attente la plus longue de ma vie commence: JE VEUX MA PERI ET PLUVIT'KESA! Parce que si moi je sais que j'accouche aujourd'hui, mon job va être de convaincre l'équipe qu'en effet va falloir voir à se magner un peu la blouse rose avant demain, si personne ne veut mourir à coups de baffes.
Remplissage de dossiers, gnnnnnnnn, prise de tension, gnnnnnnn, température dans l'oreille, gnnnn, attente. Oh oh j'accouche là les gens, ce serait bien qu'on regarde ce qui se passe niveau foufoune, parce que oh incroyab' mais vrai, je ne vais pas accoucher par l'oreille ou le bras gauche! Si si. Même mon fils de trois ans le sait bon sang, que c'est au niveau de la zézette que ça se passe. Ah mais c'est qu'on revient me voir! C'est juste pour que j'aille pipiter dans un truc un peu près grand comme une éprouvette de Hobbit. C'est un défi peut-être? Si je gagne et que je n'en fiche pas partout, j'ai le droit à ma péri plus vite? Hum? Non ?
BANDES DE CHIENS! Vous allez payer.
Au bout d'un temps certain si ce n'est un certain temps, une sage femme apparait, telle l'ange de la délivrance un peu. Elle répond farpaitement à mon cahier des charges: elle apprécie mon humour et comprend ma trouille, on est parties elle et moi sur de bonnes bases. Sauf que bon. Sauf que déjà, après examen (on fait sortir les deux zigotos là, le chéri et la toupine) je ne suis qu'à 2. Et pour les nullipares, désolée, mais 2 si le col n'est pas un peu mou toussa, je ne veux pas savoir, top trop buark, ben tu peux te brosser pour ta péri. Faudrait voir à ce qu'il évolue standouille. Donc là, ce qu'on va faire, après une énième prise de sang - que je le crois même pas qu'ils me refont un bilan péri ces arsouilles, mais je vais les TUER, pose de monitoring, histoire de voir si mes contractions ne seraient pas pures vues de l'esprit, genre. Déjà là je commence à comprendre que ça merdoie un chouïa. Parce que le monitoring est posé n'importe comment à la va comme je te pousse, et tfassons la Boulette tape dedans les capteurs comme un forcené, lui aussi il sait qu'il est temps de sortir, et plus je me tord de douleur, et plus la sage-femme, Chéwi et Alix commencent à me regarder comme la Grosse Mytho de l'Hosto, parce que prétendument, que sur le papier, ben je ne contracte pas du tout. OH MY GOD.
Et vas-y que ça commence à parler de "faux-travail" alors que je suis entrain de douiller quelque chose de bien. Ok les gens, si ça c'est du faux travail, je suis désolette, mais va falloir me faire une anesthésie générale pour le vrai travail, parce que moi pas pouvoir survivre, non non non, allez hop un coup de bottin, ouvrez moi le bide et qu'on en finisse. Sauf que bon, faudrait vérifier si je fais semblant ou pas (je vous ai dit que j'ai envie de tuer tout le monde?) donc voilà qu'on m'expédie marcher une heure dehors dans le grand soleil, zoup dégagez moi de là, et reviendez taleur, qu'on vérifie si le col a évolué ou pas. Je suis sûre qu'ils font exprès pour avoir le temps de faire mon bilan péri ces tanches. Je sors, non sans demander si j'ai le droit de bectave un truc, vu que bon, mon unique paquet de Fingers de la journée me semble bien loin, et que j'ai besoin de réconfort. Et alleluïa miracle et chocolat, j'ai le droit. KitKat powaaaaaaaa my friends. Non mais c'est Pâques hein, y'a pas de raison. Y'a pas de raison, je dis. KIT KAT!
Le souci c'est qu'il me faut environ 3 minutes pour faire deux mètres dans le couloir, je vous laisse imaginer le temps pour arriver jusqu'au banc dehors. Je ne parle même pas de ma tronche entraperçue dans le reflet d'une vitre, ce n'est plus Pâques mais Halloween. La douleur me fusille sur place tous les 10 mètres, c'est un bonheur de marcher dans ces conditions. Dire que certaines réclament le droit de marcher pendant le travail, j'en suis sur le cul. Tiens d'ailleurs hop je le pose mon popotin, sur le banc. J'ai mal, je mange mes KitKat, je suis dans un état second, il fait chaud, j'ai mal, j'ai peur, je déteste cette idée de ne pas savoir à quelle sauce je vais être mangée, j'ai mal, j'ai hâte de voir mon bébé aussi, et surtout je me dis que je ne quitterais pas cet endroit sans avoir accouché, ils peuvent toujours se brosser pour que je bouge de là sans la Boulette. De toutes manières, il est absolument inconcevable que je remonte mon escalier, je ne cesse de le répéter. Chéwi et Alix commencent à se regarder en coin, je sens bien que je fais peur là.
Je trouve le moyen de remonter ce fichu couloir, long long long, d'appeler chez moi pour savoir si ma belle-mère survit et si mes enfants sont encore en vie, et d'appeler ma reum qui voudrait biens avoir où ça en est. Ma mère qui me dit que la douleur c'est vachement psychologique, et qu'il faut que je pense à me calmer pour avoir moins mal. Ce n'est certes pas faux, mais là tout de suite, j'ai envie de l'assomer ma mère. Parce que je suis fatiguée, et que j'ai maaaaaaaaal. Allez zou on va dire que ça fait une heure, je retourne voir la sage-femme.
Ding dong, c'est nous, on est reviendus, on voudrait bien voir la sage-femme, histoire de, comme ça quoi, ce n'est pas que je suis sûrement entrain d'accoucher, mais presque, alors bon, s'il y avait quelqu'un ce serait bien. Et voilà que réapparait la sage-femme. Elle me change de salle, je suis toujours dans la partie Urgences Gynéco et Obstétrique de l'hosto. Là je suis sensée gagner en confort les gens, car je passe, tenez vous bien, du fauteuil d'examen gynéco classique de tout à l'heure (sur lequel j'ai failli m'exploser la tronche facile trois fois pendant que je contractais comme une guediiiin et que ce goliot de monitoring pourri archaïque disait que non enfoiré!) à une table d'examen, youpi, je n'ai pas du tout du tout DU TOUT l'impression d'être une grosse jument sur le point de mettre bas, non non non. Que nenni ma bonne dame.
La sage-femme me vante le confort de cette table rapport au précédent fauteuil, mais je crois qu'elle essaye de faire de l'humour, parce qu'accoucher dans le public, ça a beau être un acte militant, ça n'assure pas du tout un confort optimal, bien qu'on sente qu'ils font ce qu'ils peuvent avec ce qu'ils ont (à savoir, rien). Elle m'examine.
Joie, victoire, bonheur, j'avais raison bordel de merde, je suis bel et bien entrain d'accoucher, puisque je suis à 4 et que je viens de gagner via toucher vaginal tip top moumoute que j'ai failli dégager la blondinette à coup de pieds rageurs, mon passeport pour la salle de naissance ET un bon gratos pour une péridurale auto-dosée si ce n'est pas la classe. Qu'on jette les pétales de fleur et que résonnent musettes, hop hop hop.
Sauf que.
Sauf que bien sûr il faut pour cela attendre les résultats de mon bilan péri et un autre truc que je n'ai pas du comprendre car je n'en ai aucun souvenir. Tout ce que je sais, c'est qu'il est 19:00, comme l'indique l'horloge au dessus de la porte, que ça fait déjà 3 HEURES que je suis là, que visiblement je ne sens aucun cathéter dans mon dos, et que donc y'a du foutage de goule king size que ça va se payer.
Et ce que je sais aussi, c'est que je vais devoir attendre encore un sacré bout de temps. Chéwi et Alix reviennent dans cette minuscule salle, où je suis le popotin à l'air sous une vague blouse verte, allongée sur une table en faux cuir grenat trop étroite, et on attend.
Ils regardent le monitoring où, tiens c'est bizarre, on voit mes contractions ce coup-ci, ils piétinent, et moi je jongle. On doit revenir me chercher vite pour m'emmener, mais personne ne vient. Et j'ai super mal. Et j'ai la trouille de tomber de la table. Et ça contracte à fond les ballons, et j'ai beau essayer de respirer le plus profondément possible, de me détendre douleur mon amie, je t'accueille en mon sein, fais ton oeuvre et magne toi je te prie ôôôôm mani padme hum, de relativiser, beh c'est mort, y'a plus personne aux commandes sauf cette douleur qui m'enserre et m'écartèle, et puis voilà, je pleure ma mère. Je veux rentrer dans ma maison, c'est ce que je répète en boucle en pleurant à gros sanglots.
Ce n'est rien de dire qu'Alix et Chéwi sont aux quatre cent coups, ils sortent de la pièce toutes les trois minutes pour réclamer quelqu'un parce que CA VA PAS DU TOUT LA HEIN, tu m'étonnes que ça ne va pas, je pédale dans la semoule quelque chose de bien, je suis en panique complète, je ne veux pas accoucher en souffrant comme ça, parce que je ne maîtrise rien, c'est l'angoisse.
Ca dure, ca dure, je ne sais pas trop, quelque chose comme au moins trois quart d'heures avant que la sage-femme revienne. Je ne l'aime plus du tout, elle pourrait crever la gueule ouverte dans le caniveau que limite je lui balancerais un coup de tatane dans les mâchoires pour le plaisir, voyez. Non mais parce que ce foutu bilan péri j'ai téléphoné trois jours plus tôt pour le refaire préventivement, on m'a dit non non spa la peine, et voilà où nous sommes rendus, et puis quand on dit "je reviens tidisite" on ne se casse pas pendant trois quart d'heure en m'abandonnant sur une pauvre table de 3,7 cms de large avec le cul à l'air. Je n'ai plus d'humour, plus rien, je veux juste arrêter de souffrir. On m'emmène enfin, via un fauteuil roulant (non mais j'ai flippé qu'on me fasse traverser leur fichu couloir le popotin in zi air hein) en salle de naissance. MIRACLE.
Finallement une porte s'ouvre, une chambre, lumières tamisées, tranquillité totale, et merveille absolue, un LIT, un vrai lit, avec une tête de lit en bois, et un matelas bon sang de bonsoir, un vrai matelas, et des draps, et une jolie blouse longue pliée proprement qui m'attend, avec un motif même pas moche, incroyable. On m'installe, on me laisse, je suis toute seule. Chéwi et Alix sont en salle d'attente, ils sont sans doute partis chercher les valises, et moi je m'allonge après avoir enfilé la grande blouse, et je pleure, encore, de soulagement. Un lit, un vrai lit. La vie est belle. Je sais que je vais devoir attendre encore un petit moment que l'anesthésiste arrive, j'ai des contractions costauds, mais ça va mieux, je suis dans un lit. On vient me voir, on me parle doucement, on baisse encore les lumières, on me remonte les côtés du lit, on prend ma tension, qui reste relativement tranquille vu la douleur qui m'attaque par vagues.
Et enfin, deux anges arrivent, l'une en vert, l'autre en blanc, elles viennent me préparer pour la PERIDURALE. Je n'y croyais plus.
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