Le défi c'était donc de rester 5 jours le plus immobile possible, de façon à ce que demain, lundi, je puisse emmener ma gamine à l'école, avec mon gnome dans sa poussette. Que je sois capable, avec attelle, mais sans béquille, de descendre mes deux étages puis de monter la côte, celle que je me plaignais bêtement de monter quatre fois par jour, avant de me faire une entorse au pied, tout aussi bêtement, en la descendant.
5 jours immobile. Autant dire tout de suite que j'étais ravie. Ravie de voir mon Chéri tourner comme une mouche mourante dans l'appartement en essayant de tout faire à la fois, ses tâches et les miennes, ravie de voir mes enfants sortir sans moi, ravie de ne pouvoir m'occuper d'eux autrement que par des calins ou des lectures de bouquins, et Mimi la souris au bout d'un moment hein... même avec les médocs ça n'aide pas.
Pourtant il faut bien avouer que plus que le fait de rester immobile, les trois premiers jours, ce qui a été réellement pénible, a real pain in the ass comme disent nos amis les ricains, ce fut les déplacements. Mon appartement est certes tout petit, 58m² hors placards, 65m² avec, mais en même temps je ne me déplace pas dans les placards donc on s'en tamponne, et très compact (pas de couloir) mais il m'est apparu subitement comme un champ de douleurs en tous genre. Les 2.50 mètres qui séparent mon bureau du canapé-lit, que jusque là je ne voyais que comme deux enjambées légères et graciles, telle bambi un matin de printemps dans la rosée perlant au bord des feuilles et... ma gueule ok, ben là c'est devenu subitement la lente marche de la baleine sortie des flots, qui se traîne sur ses béquilles, gémissant de douleur à chaque petit bond ridicule, la cuisse gauche tétanisée, le pied droit flottant au dessus du sol.
Et donc oui j'attendais que ma vessie soit pleine à exploser pour me lancer dans l'expédition vers les toilettes, et ne parlons pas de la douche, qu'héroïquement j'ai prise chaque jour, debout sur un pied, pleurant les deux premières fois après un siège de bain pour mamie rouillée, image même de la déchéance physique et mentale que j'avais rapidement atteinte.
Mais le pire, ce n'était pas la douleur, ni d'être dans les vapes, pas plus que l'inactivité forcée, non, le pire, c'était mon Chéri.
Mon Chéri il est super gentil, mais mon Chéri face à la maladie ou au handicap, c'est rien qu'un incompétent notoire. On a beau lui expliquer d'abord gentiment, puis en gueulant comme un putois (oui la douleur n'aide pas au maintien de la zénitude c'est comme ça), rien n'y fait. Il faut supplier pour avoir un verre d'eau pour les médocs, supplier pour avoir une culotte propre après la douche (je devais sans doute rester toute nue, ou bien?), demander chaque chose dix fois, et surtout demander CHAQUE chose, car rien n'est anticipé, en aucun cas, jamais. Et le pompon fut la fois où il se mit au lit, éteignit la lumière du salon, et quand mon ordi fut éteint, je me retrouvais dans le noir, avec mes béquilles, à appeller en vain pendant cinq minutes, alors qu'il dormait à moins de trois mètres de moi. Je voulais qu'il allume, je n'avais pas envie de me vautrer. Il avait mis ses boules quies. Ca résume à quel point il ne comprenait rien à ce qui m'arrivait. Je ne parlerais pas de réel égoïsme, je le connais depuis assez longtemps pour savoir qu'il n'en est rien, juste de la maladresse et de la distraction. Ce qui est déjà beaucoup. Surtout quand on a un défi à relever et une mission à mener à bien. Qu'on sait qu'on est la Sioupeur Mom malgré le pied cassé et les béquilles archaïques.
Et dans ce cas là, il faut agir. Rien ne sert de brailler, de dire des gros mots et des insultes très pas gentilles, même si ça soulage à mort sur le moment, mieux vaut sortir la bonne vieille pédagogie. Le deuxième jour d'immobilité forcée, môssieur m'abandonne, avec mes béquilles vintages, et mon fils endormi, en me laissant un bib de chocolat chaud sur mon bureau, fermé, et une prétendue cassette des Aristochats dans le magnétoscope, au cas où l'enfant se réveille vraiment trop tôt. Ce qui a été le cas. Je me suis retrouvée avec mes deux mains prises par les béquilles à devoir porter un bib à mon Gnome (oui j'avoue, je l'ai porté dans mon soutif, ce qui est assez approprié, quand on y réfléchit, pour du lait) en ayant au préalable fait un voyage pour ouvrir sa porte hein, et ensuite à cloche pied au dessus de son lit j'ai ouvert le bib avant de le lui donner. Et quand fut venu le temps des Aristochats, seul film capable de transformer mon ouistiti sous amphets qui rebondit entre les murs de l'appart en enfant sage comme une image d'épinal scotché au canaprout, je me suis retrouvée face à une télécommande de la télé en haut d'une bibliothèque et la mauvaise cassette dans le magnétoscope. Eh eh eh. Youpi.
Quand l'homme fut rentré, il se retrouva promptement mis en situation, après avoir recréé la scène qu'il m'avait aimablement laissée en partant, je l'assis dans mon fauteuil, avec mes béquilles ancestrales à portée de main. Interdiction de poser le pied par terre, et vas-y sautille mon coco, va apporter son bib à l'enfant qui se réveille en chouinant et mets-lui sa cassette. Hin hin hin.
C'est super bizarre mais les trois jours qui ont suivi se sont déroulés aux petits oignons pour moi dites donc? Ce n'est pas un gros nul mon Chéri, juste il avait besoin d'un petit boostage de la compassion par l'expérience vécue.
Et ce qui est vraiment bien, c'est qu'aujourd'hui j'ai réussi à prendre un bain et à marcher sans mes béquilles. Demain, je vaincrais la côte avec mes supers chaussures bleues à scratchs toutes moches et qui me font des pieds ultra glamour... Ahem.
Edit lundi 14.15: J'ai vaincu. Mais le pire était à venir. Ta da da da dam, suspens. Nan je déconne. Ou pas.
5 jours immobile. Autant dire tout de suite que j'étais ravie. Ravie de voir mon Chéri tourner comme une mouche mourante dans l'appartement en essayant de tout faire à la fois, ses tâches et les miennes, ravie de voir mes enfants sortir sans moi, ravie de ne pouvoir m'occuper d'eux autrement que par des calins ou des lectures de bouquins, et Mimi la souris au bout d'un moment hein... même avec les médocs ça n'aide pas.
Pourtant il faut bien avouer que plus que le fait de rester immobile, les trois premiers jours, ce qui a été réellement pénible, a real pain in the ass comme disent nos amis les ricains, ce fut les déplacements. Mon appartement est certes tout petit, 58m² hors placards, 65m² avec, mais en même temps je ne me déplace pas dans les placards donc on s'en tamponne, et très compact (pas de couloir) mais il m'est apparu subitement comme un champ de douleurs en tous genre. Les 2.50 mètres qui séparent mon bureau du canapé-lit, que jusque là je ne voyais que comme deux enjambées légères et graciles, telle bambi un matin de printemps dans la rosée perlant au bord des feuilles et... ma gueule ok, ben là c'est devenu subitement la lente marche de la baleine sortie des flots, qui se traîne sur ses béquilles, gémissant de douleur à chaque petit bond ridicule, la cuisse gauche tétanisée, le pied droit flottant au dessus du sol.
Et donc oui j'attendais que ma vessie soit pleine à exploser pour me lancer dans l'expédition vers les toilettes, et ne parlons pas de la douche, qu'héroïquement j'ai prise chaque jour, debout sur un pied, pleurant les deux premières fois après un siège de bain pour mamie rouillée, image même de la déchéance physique et mentale que j'avais rapidement atteinte.
Mais le pire, ce n'était pas la douleur, ni d'être dans les vapes, pas plus que l'inactivité forcée, non, le pire, c'était mon Chéri.
Mon Chéri il est super gentil, mais mon Chéri face à la maladie ou au handicap, c'est rien qu'un incompétent notoire. On a beau lui expliquer d'abord gentiment, puis en gueulant comme un putois (oui la douleur n'aide pas au maintien de la zénitude c'est comme ça), rien n'y fait. Il faut supplier pour avoir un verre d'eau pour les médocs, supplier pour avoir une culotte propre après la douche (je devais sans doute rester toute nue, ou bien?), demander chaque chose dix fois, et surtout demander CHAQUE chose, car rien n'est anticipé, en aucun cas, jamais. Et le pompon fut la fois où il se mit au lit, éteignit la lumière du salon, et quand mon ordi fut éteint, je me retrouvais dans le noir, avec mes béquilles, à appeller en vain pendant cinq minutes, alors qu'il dormait à moins de trois mètres de moi. Je voulais qu'il allume, je n'avais pas envie de me vautrer. Il avait mis ses boules quies. Ca résume à quel point il ne comprenait rien à ce qui m'arrivait. Je ne parlerais pas de réel égoïsme, je le connais depuis assez longtemps pour savoir qu'il n'en est rien, juste de la maladresse et de la distraction. Ce qui est déjà beaucoup. Surtout quand on a un défi à relever et une mission à mener à bien. Qu'on sait qu'on est la Sioupeur Mom malgré le pied cassé et les béquilles archaïques.
Et dans ce cas là, il faut agir. Rien ne sert de brailler, de dire des gros mots et des insultes très pas gentilles, même si ça soulage à mort sur le moment, mieux vaut sortir la bonne vieille pédagogie. Le deuxième jour d'immobilité forcée, môssieur m'abandonne, avec mes béquilles vintages, et mon fils endormi, en me laissant un bib de chocolat chaud sur mon bureau, fermé, et une prétendue cassette des Aristochats dans le magnétoscope, au cas où l'enfant se réveille vraiment trop tôt. Ce qui a été le cas. Je me suis retrouvée avec mes deux mains prises par les béquilles à devoir porter un bib à mon Gnome (oui j'avoue, je l'ai porté dans mon soutif, ce qui est assez approprié, quand on y réfléchit, pour du lait) en ayant au préalable fait un voyage pour ouvrir sa porte hein, et ensuite à cloche pied au dessus de son lit j'ai ouvert le bib avant de le lui donner. Et quand fut venu le temps des Aristochats, seul film capable de transformer mon ouistiti sous amphets qui rebondit entre les murs de l'appart en enfant sage comme une image d'épinal scotché au canaprout, je me suis retrouvée face à une télécommande de la télé en haut d'une bibliothèque et la mauvaise cassette dans le magnétoscope. Eh eh eh. Youpi.
Quand l'homme fut rentré, il se retrouva promptement mis en situation, après avoir recréé la scène qu'il m'avait aimablement laissée en partant, je l'assis dans mon fauteuil, avec mes béquilles ancestrales à portée de main. Interdiction de poser le pied par terre, et vas-y sautille mon coco, va apporter son bib à l'enfant qui se réveille en chouinant et mets-lui sa cassette. Hin hin hin.
C'est super bizarre mais les trois jours qui ont suivi se sont déroulés aux petits oignons pour moi dites donc? Ce n'est pas un gros nul mon Chéri, juste il avait besoin d'un petit boostage de la compassion par l'expérience vécue.
Et ce qui est vraiment bien, c'est qu'aujourd'hui j'ai réussi à prendre un bain et à marcher sans mes béquilles. Demain, je vaincrais la côte avec mes supers chaussures bleues à scratchs toutes moches et qui me font des pieds ultra glamour... Ahem.
Edit lundi 14.15: J'ai vaincu. Mais le pire était à venir. Ta da da da dam, suspens. Nan je déconne. Ou pas.