Après avoir enfilé mes magnifiques tongs blanches estivales à 10:45, je me rue en dehors de l'appart afin de ne pas faire attendre Alix, et ensuite, de ne pas rater le train pour Paris, où nous devons rejoindre Din et Drenka. Mon sublime jupon blanc tombe à mes pieds après 8 marches descendues, j'aurai du y voir un signe et rentrer chez moi, me changer pour conjurer le sort. Je n'en ai rien fait, je me suis simplement dit que quand on oublie de remonter le fermeture éclair ce sont des choses qui arrivent forcément, et je me suis réjouie de - 1 porter un jean sous mon jupon et - 2 que cela me soit arrivé dans l'escalier et non sur le quai de la gare. A postériori: ne jamais se réjouir de ce genre de choses car Murphy est un sale con, il attend tout simplement son heure.
L'heure ce sera environ 12:15/12:30. Nous déambulons sur l'avenue de l'Opéra, quatre nénettes en goguette se dirigeant vers le restaurant japonais, le ventre gargouillant à la promesse du lâmen, quatre nénettes qui papotent radieuses sous le soleil estival, on l'a attendu celui là, je peux vous dire qu'on le savoure. Quatre filles chatoyantes qui marchent au vent léger, tranquilles, sereines, heureuses. Mais pour l'une de ces quatres jeunes femmes, le drame se trame dans l'ombre.
Bien sûr c'est sur ma goule que ca va tomber, parce que sinon ce n'est pas drôle. En traversant un passage pour piétons sur l'avenue de l'Opéra, la tong blanche gauche, enfilée moins de deux heures auparavant pour la toute première fois, la tong blanche décide que faire tong comme métier c'est un peu pourrave, et qu'elle, ce qu'elle a toujours aimé par dessus tout, ce sont les claquettes, Broadway c'est son rêve. Il lui aura fallu plus d'une semaine pour se décider, mais maintenant, là, alors que le pied gauche va pour se reposer sur le bitume, innocent et sans aucun soupçon sur ce qui se prépare, elle décide de changer de voie: tong c'est out, vive la claquette. Et la semelle de se séparer en deux sur plus de la moitié de la tong, histoire de claquer allègrement le sol en rythme. Et de manquer de faire trébucher une fille à jupon blanc assorti à ses tongs. Et de lui flanquer son début d'après-midi en l'air en l'entraînant dans un tourbillon de péripéties grotesques.
Sacrebleu, les tongs des fois, c'est vraiment des sales radasses.
-Ah maissssss euh non mais c'est pas possiiiiiiiiiible, non mais attendez là, je les ai mises il y a moins de deux heures et la semelle lâche? Mais euuuuuuuuuh qu'est ce que j'ai fait pour mériter ça? Et évidemment je n'ai pas pris ma colle néoprène avec moi!
En même temps, hum, se trimballer avec de la néoprène dans son sac ce n'est pas le total louque glamourous style, m'enfin ça aurait été bien utile.
C'est là que Din propose le chewouingomme qu'elle est entrain de mâcher (la folie de la jeunesse, l'impudence, l'insolence, tout ça on lui pardonne) pour recoller la semelle. Je décline sa proposition en rigolant, car là je rigole encore, genre ahahahahahaha, il n' y a qu'à moi que ça arrive, ahahahahahha, j'arrive à marcher quand même, c'est juste un coup à prendre, mais bon c'est un peu chiant, ce serait bien d'aller acheter de la colle. Première erreur.
Direction le Monop', et recherche active du rayon bricolage. On y trouve de la super glue 3 que ça me gave d'en racheter un tube alors que j'en ai un tout neuf à la maison, et il est limite plus cher que la paire de tongs. Il y a également un tube de néoprène de la marque monoprix, je me décide pour celle là, le prix est relativement abordable, et puis la néoprène c'est toujours bien utile. Deuxième erreur.
Commence alors la recherche de la caisse, toujours avec la tong qui se la pète façon fred astaire. Il y a plein d'autres tongs dans ce magasin, si j'étais elle je ferais moins ma maline, car la poubelle n'est pas loin, la tong est un élément aisément remplaçable. Une caisse enfin trouvée, l'attente commence. On papote, on papote, on papote, pinaise mais ça fait trois plombes qu'on papote et ça n'avance pas? Ah bah oué y'a une dame qui est entrain d'acheter l'intégralité du stock du monoprix devant nous, la nouille, y'en a pour trois siècles et demi au moins, on se casse.
Une autre caisse. Je paie de suite, je fais du charme à la caissière pour qu'elle me découpe aux ciseaux l'emballage plastique du tube de colle.
Et vite, en plein milieu du rayon, je déchausse mon pied gauche, j'ouvre le tube de colle, et je recolle hâtivement la partie de la semelle décollée. Comme je le fais chez moi avec mon tube de néoprène de lusque, je réenfile ma tong aussi sec et je vais pour me casser de là et aller me goinfrer de lâmen. Troisième erreur.
Je sais bien que vous vous attendez à ce que je reste le pied collé au sol, et je suis désolée de vous décevoir mais non. Faut pas exagérer non plus. De toutes façons cela ne risquait pas d'arriver, car la colle que je viens d'acheter est largement moins efficace que le chewouinegomme de Din n'aurait pu l'être si je l'avais en premier lieu accepté. C'est simple,
cette colle ne colle pas.
Et cette colle déborde: il y a de la colle sur le sol du Monop', aïe aïe aïe, viiiiiiiite filons. Enfin vite, c'est une manière de parler, car la semelle de la tong est en pleine désolidarisation. Saloperie de chiasse coulante.
Nous voilà dehors, de retour sur le bitume, et il faut que je me rendre à l'évidence: la semelle ne tient pas. La colle glisse et la semelle part en biais sous la tong, manquant de me faire tomber à chaque pas. J'ai beau m'arrêter et appuyer de tout mon poids (pourtant j'ai des arguments pour moi de ce côté là hein, groumphhhh) rien n' y fait.
Je vais même me retrouver à marcher pied gauche nu sur le trottoir pendant que je serre tong et semelle entre mes doigts, histoire de les forcer à se rabibocher, bon sang de bonsoir. Il est bien évident que là les trois autres se retiennent de pouffer mais n'en pensent pas moins, et que moi j'ai juste envie de mourir. Je suis la fille la moins glamour du monde. C'est scientifiquement prouvé: je suis entrain de marcher dans l'avenue de l'Opéra, par un beau soleil de début juin, la tong blanche assortie à mon jupon blanc serrée dans ma main, mon pied nu sur le trottoir. C'est lamentable, c'est pitoyable, et mes doigts sont sales de tenir la semelle de la tong, et la colle fait rien qu'à me faire chier exprès, et d'ailleurs c'est limite pas de la colle, c'est de la crotte de nez en tube, voilà ce que c'est. Je suis dé-pri-mée.
Je réenfile la tong et me remet à marcher. La semelle se rebarre de côté, obligé. J'en ai assez de me déhancher comme une danseuse de calypso pour tenter de la remettre en place, j'en ai plus que marre, je tope la tong , je tope la semelle, je l'arrache, poubelle, je remet la tong.
Et me voilà, par ce merveilleux jour d'été, en compagnie de trois coupines formidables, me dirigeant vers mon restaurant favori, sur des tongs de hauteur différente. La différence est minime, il faut le savoir pour le voir, mais moi je le sais, je suis déséquilibrée, j'ai le pied gauche et les mains sales, de la crotte de nez en tube dans mon sac, et même si mon jupon vole au vent léger, je suis la fille la moins glamour du monde, c'est scientifiquement prouvé.
Que le Dieu du Hype me vienne en aide, je suis perdue.
bonus track /maniaque inside/le bouquin de mon émission fétiche existe! La vie m'aime.