07 janvier 2015

#7

12h30, ma journée déraille, comme celle d'une grande partie de la population française.
Le choc.
Les larmes.
La colère.
La rage.
L'impuissance.
Les informations qui arrivent, une claque de plus à chaque fois.
L'empathie puissance mille, qui envahit, étouffe, s'intercale entre soi et le monde.
Essayer de travailler, comme prévu.
Faire en 3h le travail accompli d'habitude en 20 minutes.
Renoncer à faire le reste, car la tête est ailleurs, la poitrine oppressée, le coeur brisé, les yeux embués.
Rentrer à la maison.
Expliquer à sa grande fille ce qui vient de se passer.
Ils ont tué des dessinateurs, mon coeur. Des journalistes. Et des policiers qui étaient là pour les protéger. Avec des armes de guerre. Je suis triste, parce que je ne comprends pas un monde où des hommes en armes abattent des gens qui défendent leurs idées et cherchent à faire rire et réfléchir, avec un crayon, et des mots.
Se dire qu'on expliquera demain aux garçons, avant qu'ils aillent  à l'école, pour qu'ils aient les bonnes informations, quand les autres vont raconter.
Penser à bien leur expliquer que certains diront que c'est à cause de la religion, mais qu'en fait non, c'est juste qu'ils sont cons.
Jusque tard, rester sur internet, lire, regarder, pleurer, essayer de couper ses pensées, de couper le fil, n'y arriver que d'épuisement.
Ne pas oublier demain de sourire encore plus que d'habitude au papa policier, au papa musulman, à l'entrée de ma classe.
Et laisser couler les larmes...
Dormir, enfin.
Cauchemarder.
Obligé.

 
© Stephanie Blake




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