31 mars 2005

spéciale dédicace to CassioP

Pour changer un peu je vais vous raconter ma laïfe. Non mais si je vous assure, là je vais vous raconter un truc pas drôle. Oui oui j'en suis capable figurez vous (comment ça je ne suis jamais drôle? mais euhhhhhh!). Je vais évoquer un moment important un peu.
Si j'ai toujours eu un caractère en béton armé, le non ayant été ma première arme et elle l'est resté, j'ai cette faiblesse en moi qui fait que je veux qu'on m'aime. C'est une sorte de talon d'achille, car il faut bien l'avouer ça fragilise d'aimer et de vouloir être aimé. On risque d'y laisser une part de son intégrité.
De par mon histoire particulière, j'avais aussi besoin de reconnaissance quand j'étais plus jeune, et sûrement aujourd'hui encore. Savoir que ce qu'on a fait est bien, que c'est apprécié, que c'est reconnu comme tel, qu'on ne s'est pas donné du mal pour rien. Donner pour recevoir, souvent être déçue de rien voir venir en retour.

Le collège a été une période ultra-épouvantable de ma vie, imaginez du poil aux pattes sans moyen exterminateur at home, de l'acnée sans visite chez le dermato, des kilos en trop et des remarques qui vont bien avec, des lunettes, et un flirt éhonté avec les bulletins de notes à forte densité en 17, 18, 19. Vous imaginez le tableau? Oui oui ma vie c'était le paradis au collège, ouh là, j'en frémis encore. Et j'ai encore des rêves de vengeance, même si j'y ai souvent sorti et les griffes et les poings. Maintenant que je suis grande et que ce mot roule sous la langue comme un bonbon délicieusement attendu, je me dis que j'aurais du affûter à l'époque la meilleure des armes: les mots.
Mais on ne revient pas en arrière hein. Ca se saurait. D'ailleurs si vous savez comment faire, filez moi le tuyau pliiiiiiize, y'a deux trois connards de 3ème qui risquent de voir leur vie bouleversée à tout jamais. Hin hin hin [rire sadique hyper bien imité]

En arrivant au lycée, j'ai changé et de ville et donc de compagnons de cellule. Je ne sais pas si c'était ce changement de lieu, ou si les deux mois de vacances avaient été salutaires pour tout le monde, mais l'herbe y était plus douce et les saloperies moins rapides à décoller. Bien que ma classe ait été à deux trois exceptions près un vaste ramassis de moutons à laine sale, il y avait une fille sympa. Une redoublante. Qui m'a présenté pendant l'une des récrés à ses copines de l'année précédente: ouaaaaaaahhhhh des premières! Mazette.
Et là, cette folle envie de rester avec elles, qui étaient si coules, si classes, si intelligentes, cette envie m'a submergée. Je suis devenue la bonne copine, hyper gentille, prête à rendre service, qui rigolait au bon moment, qui aquiescait quand il le fallait, qui sortait deux trois vannes formatées qui vont bien. Oui vous avez déjà envie de me mettre des baffes? Vous êtes normaux, bravo!
Elles aussi elles ont eu envie de me buter. Parce qu'à vouloir hurler avec la meute, j'avais surtout appris à bêler dans le troupeau. Jour après jour, je me rendais bien compte qu'il y avait une couille dans le potage, puis deux, puis trois, puis une armada de couilles qui flottait dans la soupe aux copines.
J'étais courageuse un peu, alors au lieu d'attendre bêtement de me faire couler par une grosse couille, ce qui aurait été une moche manière de finir une vie sociale naissante, j'ai pris le taureau par les couilles cornes*.
J'ai demandé à celle dont j'étais la plus proche, et qui est devenue par la suite une véritable amie (Sophie, si tu passes par là, ma vie te remercie) pourquoi donc tout le monde me regardait bizarre, j'avais de la salade entre les dents ou j'avais oublié de mettre du déo, c'était quoi la roubignolle qui passait pas?
Ouhh mes petits zamis, elle n'y est pas allée par quatre chemins la coupine, elle a vidé le sac vitesse tgv et j'en ai pris pour mon grade façon triple mandale carpée dans les gencives et coup de pied triple piqué dans le sternum. Un bonheur pour l'égo je ne vous dis que ça.
C'est là que le caractère en béton armé s'est avéré bien utile. Surtout l'option rebond instantané, ce qui pourrait paraître antinomique mais qui pourtant, curieusement, ne l'est pas. Elle m'a dit que de vouloir dire toujours pareil que les autres pour leur faire plaisir, c'était super gavant, qu'elles en avaient rien à tamponner d'avoir une béni oui-oui comme copine, que ce qui les intéressait c'était qui j'étais vraiment, ce que je pensais réellement.
Ah bah oui. Evidemment. J'étais tombée sur les seules gonzesses du lycée pas connes, trop ma chance. Pourtant je l'avais bien remarqué, et j'avais failli tout gâcher par ma grotesque et pathétique envie d'être aimée quitte à m'y perdre. Qu'aimer alors? Une coquille vide remplie de leurs projections déformées? Très peu pour elles.
Je suis rentrée chez moi, je chialais comme une fontaine dans le bus, mais arrivée à la gare pour prendre mon train, déjà, il y avait en moi ce petit aiguillon de l'orgueil qui me disait que j'étais capable. Et qu'elles allaient voir.
Et elles ont vu. Oh que oui. Et je les remercie. Grâce à elles je sais dire ce que je pense, et la franchise en chaque occasion est ma ligne directrice. Je suis moi et je me projette entière dans le monde qui m'entoure, et ceux qui ne sont pas contents n'ont qu'à détourner leur regard. Au moins je suis sûre d'une chose: quand on m'aime, on m'aime pour celle que je suis vraiment.

That's all folks.




** au programme de la première année de blog il y a aussi les métaphores filées, même quand elles sont nulles et animalières.
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