11 mai 2006

folie douce

J'imagine ma vie sans thé le matin, sans coca light en terrasse.
J'imagine ma vie sans aspirine quand j'ai mal au crâne, sans Zyrtec ou équivalent quand mon nez se transforme en chou-fleur et mes yeux en balles de ping pong sous la force des méchants pollens, sans mon cocktail vitamineC et SupradynIntensia du matin, qui me coupe l'appétit et me remet de mes petites 5 heures de sommeil.
J'imagine ma vie sans la petite coupe d'alcool rose dont je ne connais pas le nom, celle que je bois au resto chinois avec Alix, parce que c'est offert, parce que c'est le seul alccol que je bois de ma vie entière, parce qu'après je raconte un max de bêtises et qu'Alix rigole, et je rigole aussi.
J'imagine le sommeil qui va me tomber dessus comme un coup de massue sur la nuque, les siestes n'importe où n'importe quand, volées à qui à quoi, on s'en fout je dors déjà.
J'imagine la non-envie de manger, l'impression d'être entrain de lire à l'arrière d'une voiture pour un trajet de trois mois, et puis la faim ensuite, mais l'impossiblité de manger sans souffrir, les médicaments qui ne soulagent pas, le régime pomme de terre/laitages natures/féculents natures et les envies de meurtre devant les autres qui mangent ce qu'ils veulent sans hurler silencieusement de souffrance ensuite.
J'imagine que je ne verrais plus mes pieds, plus ma foune, que m'épiler sera un combat et réussir à enfiler autre chose que des tongs une victoire sans conteste.
J'imagine les évanouissements dès lors que j'ai chaud, que je suis confinée, qu'il y a trop de monde, de bruits, les quatre en même temps.
J'imagine les visites mensuelles et l'impression que mon intimité est un sujet de conversation super hype, la fatigue, la nudité, le périmètre qui ne fait qu'augmenter.
J'imagine le stress de chaque jour qui passe et qui est un jour de gagné.
J'imagine le dénouement heureux et j'imagine ce que ce serait de refuser l'anesthésie, parce que la douleur de la pose, sourde, glauque, violente, est largement pire que les douleurs franches et vives qui portent vers la victoire.

J'imagine. Non. Je me souviens.
Et je me dis qu'au final, ça vaut le coup.

Parce que je me souviens aussi du point qui clignote sur l'écran, du premier coup (non ce n'est pas un gaz!) , du fait de savoir que non ce n'est pas un labrador ou un cacaotès mais bien un zizi ou un minou qu'on a dedans de soi et qui pousse, de l'envie d'étrangler ma mère et ses affreuses idées de prénom (non maman, je n'appelerais pas cet enfant avec un nom de Petit Poney ou d'ancêtre ringard), des premières douleurs qui disent que ça y est mais en fait non, du jour J, de la délivrance, du premier regard. La fierté et l'amour.

Ouais, ça vaut le coup.
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