Où l'on se rend compte que l'on n'apprend pas de ses erreurs (on c'est moi)
Jeudi 3 juillet, 10:30.
Je suis entrain de tapoter sur mon clavier.
PitiGasson est à son picnic, la Lutine est à l'école, MaPatate roupille.
Le calme règne dans la maisonnée, je crois bien que les chats roupillent aussi et que dans le silence du terrarium, les escargots copulent, sans bruit.
Et là
bidibip bidibip bidibip bidibip
le bigophone sonne.
L'écran indique: APPEL ENTRANT.
Ok.
Je décroche.
Si.
Je vous jure, j'ai décroché.
Oui vous pouvez m'insulter, défoulez-vous, ça fait du bien, je me suis moi-même copieusement insultée mentalement, et ce n'était pas joli joli à entendre.
- Bonjour, je suis la secrétaire du Lycée Bahut Habituel, est-ce que je pourrais parler à Monsieur Chéwi?
- Bonjour. Ben écoutez il n'est pas là de la journée, il fait passer les zorros aujourd'hui toute la journée.
[là je réussis à dire qu'il n'est pas là quand même, y'a progrès]
- Ah. Parce qu'on vient de recevoir une convocation pour Monsieur Chéwi, il est attendu du 1er au 8 juillet pour faire passer les zorros au Lycée Biiiiiiiiiip à Paris.
[et meeeeeeeeeeeeeeeeerde! pourquoi mais POURQUOI j'ai décroché??]
- Oh. C'est bizarre, parce que déjà on est le 3 juillet, donc pour le 1 et le 2 c'est fichu, et le 3 pareil, rapport que comme je viens de vous le dire il est dans un autre lycée toute la journée aujourd'hui. La Maison des Zexamens lui a même téléphoné hier pour l'en avertir?
- Je ne sais pas, il a reçu cette convocation, est-ce qu'il peut me rappeler?
Suis une longue et pénible conversation où la dame probablement affublée de bas qui grattent et d'une ceinture qui lui scie le ventre en deux, vu son manque d'humour, finit par absorber le fait que 1 Chéwi n'est pas là, 2 Chéwi rentre TARD, 3 Non Chéwi n'a pas de portable et de toutes façon je ne lui téléphone pas pendant qu'il interroge des djeunz sur la Condition Humaine, non madame.
J'arrive ensuite à lui extorquer les infos sur le Bahut Biiiiiiiip, la mort dans l'âme, adresse, numéro de téléphone, c'est bon j'ai tout, je transmettrai à mon cher et tendre quand il rentrera fourbu de sa journée abrutissante.
Et là mes amis, l'Eclair de Lucidité et la Main Amicale de la Chance Totale ont associé leurs forces respectives pour me sortir, et mon Chéwi avec, de la cagade totale.
Où l'on apprend comment j'ai trop bien fait de décrocher en fait
Alors que je regardais avec un air stupide et un regard vide la feuille de papier portant le numéro et l'adresse, il m'est subitement apparu que si j'attendais ce soir pour annoncer la bonne nouvelle au Chéwi, et ma bévue par la même occasion, je pouvais m'attendre à une soirée exécrable avec un type crevé et de surcroît au bord de la crise de nerfs, car à l'heure où il rentrerait il ne pourrait obtenir aucune information vitale de l'établissement, fermé depuis belle lurette. J'ai donc pris mon téléphone d'une main et ma voix d'assistante de direction de l'autre, et j'ai téléphoné au Lycée Biiiiiip. Et j'ai hyper bien fait. Parce qu'après avoir passé le double barrage de la secrétaire et de la musique de clavecin poussée à 3482 décibels que mon tympan gauche a défunté sur l'instant, j'ai eu en ligne le directeur du centre d'examens, qui m'a annoncé légèrement agacé, que son équipe était au complet (YOUPI) et que cette convocation qu'il avait également sous les yeux était, je cite, j'aime cet homme d'amour même s'il ne le sait pas, "nulle et non avenue". Youhou!
Où l'on s'aperçoit mais on le savait déjà, qu'Angel est une sacrée garce
Bien évidemment le Chéwi a fini par rentrer, vers 19 00, alors qu'il était parti de la maison à 6h du matin, tel le missionnaire zélé de l'EducaZion NaZionale qu'il est. Totalement fourbu. Complètement laminé. Absolument vanné. L'oeil morne, le pwal terne, la sacoche mollement tenue d'une main, et les lunettes embuées de la chaleur moite des multiples autobus qu'il a du emprunter pour revenir auprès de sa douce compagne et de ses enfants chéris après une difficile journée de labeur intensif au cours de laquelle personne, je dis bien personne ne lui a proposé la moindre tasse de kawa, ce qui est proprement honteux.
Et je suis venue à sa rencontre, l'air défait, la mine dépitée, et lui tendant avec un air compatissant à outrance le petit papier blanc sur lequel étaient notées soigneusement au stylo bic noir les informations sur les dates et l'établissement de sa nouvelle convocation.
Il y a cru.
Je suis vraiment, mais alors, vraiment méchante!
Hin hin hin.
Raaaaa quoi?
Du coup, se vautrant dans le soulagement comme l'intello dans du Balzac millésimé, il a complètement zappé le fait que j'ai répondu au téléphone.
Yé souis diaboulique, non?