30 septembre 2009

angel et la petite dame d'Orléans

Je l'ai croisée dans le centre commercial, alors que je venais de finir mon marathon shopping, elle cherchait l'endroit où on peut acheter du pain, le Prisunic là. C'était le Monoprix en fait, je lui ai indiqué environ 4 fois le chemin.
Elle était petite, voûtée, ses cheveux mi-longs et bruns étaient tout plats coiffés à la va-vite, la racine était un peu grisonnante. Son visage était tout ridé, comme une vieille pomme, tout à fait. Des yeux vifs, un nez fort, des pommettes hautes. Habillée d'une jupe, un chemisier blanc, un cardigan bleu marine. Un sac très bon marché au bras. Elle se déplaçait avec des béquilles, dont une seule semblait vraiment nécessaire.

Et puis je suis allée prendre mon bus, pour attraper ensuite mon train, rentrer chez moi, déposer mes courses, repartir aussi sec pour ma réunion.
Et puis j'ai attendu mon bus, longtemps.
Et elle est arrivée, s'est assise à côté de moi. Elle avait trouvé son pain, il dépassait de son sac bon marché.
Et elle s'est mise à parler, parler, parler, parler.
Une mosaïque de petites choses selon le fil vraiment tarabiscoté de ses pensées, une sorte de marabout, bout d'ficelle, selle de cheval, façon granny déjantée.
J'ai appris plein de choses.
Qu'elle n'était pas allée à l'école, mais qu'une dame l'avait prise à son service et lui avait expliqué comment utiliser sa tête, car elle n'était pas sotte bien au contraire. Qu'elle a plein de cousines, et que là elle loge chez l'une d'entre elle, mais en vrai, elle habite juste à côté d'Orléans, et elle a oublié de demander à la voisine d'arroser ses plantes, alors que si elle le lui avait demandé, elle aurait bien volontiers accepté. Qu'elle doit faire attention aux sous, les siens, et ceux qu'on lui confie. La elle est bien contente, parce qu'elle a réussi à trouver un égouttoir à vaisselle en ferraille, à pas cher, et il rentre dans le fond de sa valise, c'est impeccable. Par contre elle n'est pas très sûre d'avoir acheté la bonne référence de sacs aspirateurs pour sa cousine, elle espère qu'elle ne se fera pas disputer. Elle voudrait aussi s'acheter ce cd de musique bretonne qu'ils n'ont pas dans sa médiathèque, elle est allée à la boutique près du Leclerc, ils lui ont dit le prix, elle va attendre d'avoir l'argent quand même. A la médiathèque elle leur a bien dit que ce cd manquait à leur collection de disque des musiques de France, et ils ont noté sa requête, mais bon, elle ne voit rien venir. Dans la vie elle a deux passions: la musique, et les chauffeurs de bus. Elle est folle des chauffeurs de bus. Elle les adore. Elle reste debout à côté du chauffeur pendant tout le trajet, malgré ses béquilles, elle discute. Des fois elle fait le trajet dans les deux sens, mais il faut savoir profiter des plaisirs de la vie, et elle, ce sont les chauffeurs de bus et la musique. Elle avait une cousine qu'elle adorait, qui lui avait dit que la vie était trop courte pour ne pas profiter de chaque plaisir qui se présente, et dans la nuit elle est morte, et chaque jour elle lui manque. Elle connaît tout des chauffeurs de bus, celui-ci qui s'est fait opérer du dos, elle est allée le voir à l'hôpital, celui-là elle a rencontré sa femme et elles ont discuté, ah, les chauffeurs de bus. Et hier à la gare St Lazare, une dame bien gentille lui a fait un petit étui pour ranger ses tickets de bus pour qu'elle le retrouve facilement dans son portefeuille. Il est vert, en papier, pile de la taille des tickets, et la dame a écrit "autobus" au stylo noir dessus.

Mon bus n'arrivait pas et l'attente était plus courte à écouter la petite dame d'Orléans dérouler son long fil de paroles. Marabout, bout d'ficelle, selle de cheval, ah tiens voilà l'autobus qui arrive!

Et bien sûr elle est restée debout à côté du chauffeur, mais il était bien grossier celui-là, il n'a pas voulu lui faire la conversation. Vivement qu'elle rentre à Orléans, elle me l'a dit au moins vingt fois, qui lui tardait de rentrer chez elle, même si elle aime beaucoup cette cousine, mais quand même, elle espère ne pas s'être trompée sur ces fichus sacs d'aspirateurs qu'ils se ressemblent tous.

Il y a des petits moments de vie comme ça, que je trouve formidable. Une vieille dame adorable et bavarde, ça rajoute pile la petite touche de poésie qui va bien sur le quotidien.

Merci petite dame d'Orléans, j'espère que vous rentrerez bientôt chez vous, et passez mon bonjour aux chauffeurs de bus!



bonus track uhuhuhuhu c'est trop chou:
Je viens de recevoir un mail d'une chauffeuse de bus orléanaise, elle a bien reconnu la petite dame aux béquilles. Ca me fiche la banane pour la soirée. Vraiment!
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