Souvent quand je marche seule, ou que je suis perdue dans mes réflexions, mon regard est accroché par une petite bricole au sol, et je me dis, interrompue dans le fil de mes pensées, tiens, un petit oiseau par terre c'est bizarre, ou un hérisson, ou une grosse araignée, ou une petite souris, et quand je me rapproche, légèrement intriguée mais toujours happée par le train de mon esprit qui divague, je réalise qu'il s'agit d'une branche, une feuille morte, un bout de papier, de plastique, que sais-je. Mon imagination visuelle est souvent trompeuse, mais j'aime bien, j'ai toujours l'impression d'être sur le point de faire la toute petite rencontre qui donnera une coloration particulière à ma journée.
Ce midi, ce n'est pas fréquent, je suis rentrée déjeuner seule chez moi, avide de calme et de silence.
Je devais retourner rapidement à l'école pour 13h15 maximum, c'est que le car pour la piscine est là à 13h25. Je réfléchis à comment faire au plus vite pour réunir les affaires nécessaires, et faire en sorte que les élèves soient suffisamment calmes pour que je puisse les emmener faire trempette - pardon, découvrir l'élément aquatique et comment s'y déplacer avec aisance, à savoir, comment éclabousser au maximum la maîtresse.
Alors que je marche rapidement car comme à mon habitude je suis légèrement en retard, j'arrive devant le petit bout de chaussée qui donne sur le parvis en haut de mon école. Cette chaussée est très peu empruntée par les voitures, quelques riverains, quelques parents se garant là en vitesse pour aller déposer/récupérer leurs enfants au centre de loisirs dépendant du groupe scolaire. Au sol, j'ai l'impression de voir un petit mulot riquiqui. Et quand je me rapproche, incrédule, je découvre que c'est effectivement un ptit mulot riquiqui. Mon cartable en bandoulière, dans la saignée du bras mon sac de piscine, mes clés d'école dans une main, me voilà arrêtée au milieu de la chaussée, juste devant la petite boule de fourrure immobile.
Ca alors.
Mince alors.
Il peut pas rester là, il va se faire écrabouiller.
Je me penche pour l'attraper, en me disant qu'il va se sauver.
Je le saisis d'une main et le met dans l'autre.
Il saute à terre, et court quelques centimètres avant de s'arrêter.
Il n'est pas très vivace, je trouve, et je réalise qu'il a toutes les chances de mal finir si je ne fais rien.
Je le repose dans ma main, il saute à nouveau sur le bitume.
Ok mon gars, c'est que je suis en retard moi, on ne va pas pouvoir jouer longtemps à ce petit jeu.
Je me souviens des heures passées en 4ème au labo de bio à m'occuper des souris blanches, et je l'attrape par la queue, entre le pouce et l'index, non mais on ne me la fait pas à moi, oh.
Je le dépose entre mes deux mains, et je lâche mon trousseau de clés.... dans mon décolleté.
On fait ce qu'on peut, c'est que je suis en retard.
J'avance rapidement jusqu'à la pelouse devant le centre de loisirs, et je vais dans un tout petit coin tranquille, près d'une maison, avec un bout de jardin grillagé.
J'ouvre mes mains, et le petit mulot est tout tranquille. Il ne cherche pas à s'échapper, il est juste paisible, il se frotte un peu les pattes de devant.
Je n'ose même pas le caresser du bout du doigt, de peur de l'effrayer, mais sans faire de mouvement brusque, je récupère mon téléphone dans mon cartable, et je le prend en photo, d'une main.
Un petit souvenir.
L'idée de le garder pour le montrer à mes élèves me traverse l'esprit, avant de me souvenir de leur degré de fatigue et d'énervement actuellement: un infarctus direct pour le ptit mulot si je l'amène en classe.
Je me baisse tout tranquillement, et je le dépose derrière le grillage, dans l'herbe. Il saute de ma main et se cache sous une feuille.
Pas le temps de lui dire au revoir ou de l'observer davantage, je suis officiellement franchement en retard!
Ce soir en repartant de l'école, je suis allée voir sous la feuille, derrière le grillage du petit jardin.
Il n'était plus là.
Il a du rejoindre son petit coin de chez lui, et j'espère qu'il dort bien tranquillement pendant que je rédige ce billet.
27 mai 2014
blog comments powered by Disqus
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
