21 mars 2014

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Aujourd'hui SuperCheffe était à sa SuperJournée de la Maternelle, qu'elle avait grandement méritée, croyez-moi. Et quand SuperCheffe s'en va, c'est moi qui devient le chef, hop, magique, mais j'ai plutôt de l'entraînement vu que ça fait deux ans et demi que c'est le cas, et que SuperCheffe a fait trois semaines de stage en plus de quelques arrêts maladie. Et tfassons j'aide à faire le chef, rapport que bon, elle a un max de taf et que je suis pas du genre à rester assise sur mes mains. Et qu'en septembre 2015, si tout suit le plan prévu, ce sera moi la cheffe.

Aujourd'hui donc.

#1

1. Il est 9h15, je prépare les élèves à se mettre en ateliers. Et là, plus de lumières, pouf, une coupure de courant. En tant qu'enseignante je peste sur le fait que le manque de luminosité va être moyen pratique pour le graphisme, en tant que cheffe, je me dois de quitter ma classe pour aller me renseigner, afin de savoir si  on a disjoncté, ou si c'est une coupure EDF. Le cuistot arrive et m'explique qu'en élémentaire, c'est kifkif bourricot. Ok, je renvoie dans sa classe l'ATSEM qui sait où est le disjoncteur de l'école.
2. Le courant revient, youpi. Mes élèves sont lancés dans leur activité, calmes, silencieux, j'en profite pour me rendre dans le bureau pour m'avancer sur mon activité d'après la récré, vu que j'ai mon AVS dans la classe: j'ai des photocopies à faire.
3. Je constate le décès de la photocopieuse. Je retiens mes larmes. Je ne me souviens que trop bien des aller-retours à l'élémentaire les années précédentes, et je sais qu'elle ne sera pas remplacée, faute de budget bloqué si près des élections.
4. J'appelle le service reprographie de la mairie. Qui me dit que je dois d'abord voir avec le service informatique.
5. Le service informatique est vide, mais le service reprographie leur laisse un message, ils devraient me recontacter avant la fin de la matinée. Ok.
6. Je retourne en classe en couvant le téléphone de l'école, telle la poule sur son oeuf. Sonne, mais sonne!
7. A la fin de la récré du matin, je fais rentrer les élèves et je croise le gars du service informatique qui me cherchait: il a ressuscité la photocopieuse! Alleluia!! Le soulagement est intense. Cet homme est un Dieu Vivant, au moins.

#2
1. ChouetteRemplaçante de SuperCheffe laisse partir à l'heure du déjeuner sa petite N. avec deux gamins de l'élémentaire, ses grands frères. Je tique. Et quand je tique, les gens, ce n'est jamais bon signe.
2. Je fonce dans la classe de SuperCheffe, je chope son lutin de fiches de renseignements, je m'extasie un quart de seconde sur sa super méthode de classer ses fiches non pas par nom de famille mais par prénom, über pratique, je note mentalement de faire de même, et je trouve l'info: les gamins ne sont pas autorisés à récupérer la petite. Je le savais!
3. Je retraverse l'école à la vitesse de l'éclair, si si je te jure, et je cours dehors pour reprendre la loupiotte, qui était en train de traverser le passage piétons sans surveillance aucune, et déjà en tee-shirt car elle avait décidé d'enlever son manteau.
4. Je la ramène à l'école, et je téléphone à sa maman qui m'explique que sa fille devait déjeuner à la cantine, et que le badge n'avait pas du fonctionner ce matin. Elle me remercie longuement d'avoir gardé sa fille.
5. Je descend la minette au restaurant scolaire, juste à temps pour voir mon terrible M. en remonter tout seul les escaliers: l'animatrice avait décidé de le renvoyer dans l'école pour remettre ses chaussures. Euh. Non. Comme c'est une animatrice dynamique et investie et qu'elle a probablement bugué, je suis allée lui expliquer gentiment que ce n'était pas possible d'envoyer un enfant seul dans l'école sans surveillance, mais que dans le cas du terrible M. aka le Roi de la Connerie Monstrueuse, c'était un peu chercher un max d'emmerdes pour pas un sou.
6. Le terrible M. a remis ses chaussures, la petite N. est à table, je peux déjeuner en 5 minutes, parce que j'ai un travail de malade à abattre sur mon heure de pause.

#3
1. Mes élèves remontent de la cantine. Petit P. fait tomber ses nunettes dans la cour, et ma Grande Girafe, toujours aussi maladroite et sur sa planète, a couru pile dessus et les a fracassées en deux morceaux bien nets et bien tordus.
2. Je fais noter à ma chouette animatrice date, heure et circonstances de l'accident, afin d'être au point dans le cas où les parents aient besoin d'une déclaration d'accident pour faire fonctionner leur assurance.

#4
1. Il est 14h, ma Choupi S. se sent patraque depuis hier, et là elle regarde le lino de la classe avec le dynamisme d'un bulot en fin de vie.
2. Je pose le thermomètre frontal sur le front de la donzelle et je compte jusqu'à 30. Le 38° s'allume, ce qui vaut un bon 38°5. Bien bien bien.
3. Je chope mon lutin de fiches de sécurité, et j'appelle Maman Choupi. Pas de réponse. J'appelle Papa Choupi. Pas de réponse. Woké.
4. Maman Choupi me rappelle avant que je ne laisse un message. Je lui explique la situation, Petite Choupi est patraque telle la serpillère mal essorée, et ça va pas trop trop là. 38° toussa toussa. Maman Choupi parle tout bas dans son portable, et m'explique qu'elle est à des funérailles. Woké. Qu'elle fera de son mieux pour être là à 16h30 ou un peu avant -la petite devait aller au centre de loisirs après l'école - et si d'habitude je pète un scandale dans ces cas-là, ben là non. Parce que c'est Maman Choupi. Parce qu'elle est gentille, sympa, Papa Choupi me sort des vannes sympathiques tous les matins, Maman Choupi est enceinte jusqu'aux noeils, et elle est fatiguée, et mince, des funérailles quoi.
5. Je transforme mon coin bibliothèque modulable en mini lit pour Petite Choupi. Elle s'endort direct, et ses camarades se la mettent en sourdine pendant le travail de l'après-midi.
6. 15h45, je suis de service de récréation, bientôt finie la récré d'ailleurs, et voilà qu'une de mes élèves restée avec d'autres dans la classe sous la surveillance de l'ATSEM pour terminer leur activité d'arts plastiques, sort en trombe dans la cour pour me dire que Petite Choupi est réveillée et qu'elle pleure très fort.
7. Je rentre fissa voir de quoi il s'agit: le thermomètre frontal met moins de 10 secondes à indiquer 40°. Première fois de ma carrière. Et Petite Choupi est couverte de plaques rouges.
8. Je ne panique pas. Enfin extérieurement hein. A l'intérieur, c'est l'angoisse grave. Rapport que c'est typiquement la raison du pourquoi du comment j'exige habituellement qu'on vienne chercher les enfants fiévreux: pour ne pas être confrontée à cette situation que je n'ai pas les moyens de gérer. Donc, avant de rappeler les parents, je déshabille Petite Choupi, afin de la laisser juste en collants et tee-shirt, j'entoure son front avec la grande poche de glace, je la fais boire, et pour qu'elle soit la plus calme possible, je lui prête ma tablette, et je lui met le jeu du mémory habituellement réservé à LaPatate...
9. A 16h20, la maman arrive, elle a bien entendu son portable vibrer, celui de son mari aussi, ils ne pouvaient pas répondre, elle est super désolée... Avec son gros bidon et son air épuisé, je ne lui en veux pas. Je lui remet Petite Choupi qui va enfin pouvoir prendre une dose bienvenue de Dolip'.
10. C'est l'heure de la sortie, je peux enfin arrêter de faire le chef.

Si c'était la Journée Bizutage des Futures Cheffes, ça aurait été sympa de préviendre, franchement.
J'aurais révisé, hein, avant.
Beuh.
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