EPISODE 1:Depuis vendredi je suis l'heureuse mère d'un garçonnet de quasi 3 ans et de son nouveau compagnon: Virussoïde Gerboïde CacaFlotte. Bonheur. Son papa s'est beaucoup occupé de lui parce que déjà c'est un chouette papa, et puis aussi il a peur que sa grosse femme enceinte ne fasse amie-ami avec Virussoïde et perde le peu d'efficacité qui lui reste (étendage du linge, dépoussierage des étagères, préparation de soupe revigorante, câlins en tous genre). Déjà que je m'évanouis tout le temps, alors si en plus je me vide de partout, ça va être coton à gérer pour Chéwi, déjà que ses Pakédekopis lui mènent une vie infernale hein, ouhla, ça suffit bien.
Donc Chéwi, armé du spray javel, de sa machine à laver à motié morte, de son courage et de sa détermination naturelle, a donc passé de vendredi soir à ce matin 11 00 où il a du libérer les Pakédekopis dans leur milieu naturel, tout son temps avec FistonLaGerbe. Joie. Enfant collé sur lui 24/24, ou alors enfant qui exige qu'on lui tienne la main pendant qu'il regarde
Mimi Cracra l'eau elle aime ça. Quand il devait s'absenter pour une mission d'ordre top prioritaire, aller aux wawas (oui les papas ont des besoins, eux aussi!), acheter des carottes à LP, poster un colis, prendre sa douche, on entendait depuis le canapé s'élever cette litanie:
Je veux mon papa, je veux mon paaaaaapaaaaa je veux mon papaaaaaaaaaaaa.Et donc à 11:00 ce matin, Chéwi de moi m'a abandonnée, il est parti, avec ses Pakédekopis, et son sac et son sandouich, pour proférer la bonne parole littéraire. Et je me suis retrouvée avec PitiGasson, juste crevé, qui ne vomit plus, ne cacate plus liquide, n'a plus de fièvre, et qui allongé par terre de tout son désespoir est entré en méditation transcendantale:
JEVEUHMONPAPAAAJEVEUHMONPAPAAAA, environ 549 fois jusqu'à ce que sa soeur rentre de l'école pour déjeuner.
L'enfant enlève son manteau, et se dirige vers le petit tas prostré sur le parquet, que j'ai fini par abandonner lâchement après moults tentatives infructueuses de consolage en tout genre.
- Papa reviendra ce soir, mais là tu as Maman, c'est déjà mieux que rien.
Merci mon coeur, moi aussi je t'aime.
EPISODE 2:PitiGasson s'est réveillé de sa sieste le sourire aux lèvres- nan je déconne, en hurlant
JEVEUHMONPAPAAAAAAAAAAAAAAAAAA, déjà c'était top moumoute. Il a fallu un temps proche de l'éternité pour réussir à faire qu'il sorte de son lit, qu'il arrête de brailler, qu'il formule quelques souhaits simples pour qu'on puisse améliorer sa situation: canapé, dessin animé, bib de lait. Je pensais que c'en était fini de l'apocalypse, que j'allais tranquillement attendre que Chéwi rentre et prenne le relais avec Relou The First, sauf que bien sûr je suis immensément naïve (et bête).
Est arrivé le moment M, où l'enfant, ayant à peine bu la moitié de son bib, l'oeil mou devant son dvd (pourtant
chouettissime) avise sa mère, apparemment inactive. Il me lance un truc du genre:
a veuh alette!Gn?
Je lui dis que s'il veut aller aux toilettes, qu'il y aille. Zen, genre. Mais dans ma tête: au secours, pourvu qu'il ne me repeigne pas les wawas, je survivrai pas, c'est mon fils je l'aime, mais je devrais le vendre sur e-bay après ça hein. Pas la peine de nous affoler, il ne veut pas aller aux toilettes, il veut
alette. Ce qu'est
alette je n'en ai strictment aucune idée. Je suis obligée d'apeller les forces extérieures de traduction simultanée, à savoir ma fille, experte en déchiffrage de Frère Relou 3ème année. Qui décode vite fait bien fait qu'
alette, c'est une galette. Ah. Elle est douée y'a pas à dire, parce que son bro acquiesce, oui il veut une
galette. Ne pas chercher à comprendre pourquoi maintenant il le prononce correctement, ce serait aller flirter avec le black out mental.
Bien, une galette donc, ça tombe bien, nous avons encore pas mal des ces délicieuses petites galettes bretonnes pur beurre rapportées du Mont Saint-Michel par Alix. Je file à la cuisine, je lui en ouvre un sachet de 4, j'en profite pour becter trois oursons innocents (ok, 5, deux rouges, deux verts, un jaune), et je rapporte mon butin à mon enfant, trop heureuse d'avoir évité la crise diplomatique. Arf. Je suis immensément naïve (et bête). Parce que comme me l'assène avec un ton à la limite du méprisant la chair de ma chair, celui que j'ai mis un certain nombre d'heures à pondre il y a quasi trois ans (dont un fabuleux moment de douleur que je ne citerai pas ici de peur d'effrayer les femmes enceintes de mon lectorat) :
ça a pas galette, ça a gato! Ah bah tiens. Et il n'en veut pas, puisque lui il
veuh galette, pas gato, galette! Mais euhhhhhhhhhhhhhh?
Allo Scotland Yard? J'ai comme un petit souci niveau enquête là, il faut que je trouve des galettes chez moi, mais visiblement pas les galettes bretonnes hein, ça ne fait pas l'affaire, non non, cherchez pas, non? Vous avez un inspecteur à me dépêcher vite fait bien fait? Non? C'est bien ma veine, je vais devoir me démerder seule. Au bout de plusieurs minutes de questionnement, j'arrive à extorquer deux infos supplémentaires:
les galettes sont yaunes, et
wangées dans le placah. Bon comme les galettes bretonnes quoi, il se fout clairement de ma tronche ce mouflet puant (oui en plus il gaze monstrueux, je suis en apnée). Commence sérieusement à m'échauffer le loustic, va y'avoir de la patience qui va voler en éclats, je vous dis que ça. Je le chope, je l'emmène dans la cuisine, j'ouvre le placard et lui fait un inventaire des gatals présents. Non, non, non, et non. Les galettes bretonnes (je retente, on sait jamais)? NON!
Là il se met à hurler
é où galettes? é où galettes? en boucle. Mazette, j'ai le sang qui bouillone, c'est trop tard, je ne peux plus retenir, ca va sortir, je...
- Dans ton cul! Regarde bien, tu devrais les trouver tes galettes!
Ooops.
Je suis une mauvaise mère c'est honteux, non mais vraiment, une maîtrise de Lettres sur un sujet sérieux, un job sérieux, et tout ça pour sortir ce genre de trucs à mon enfant de trois ans. Je l'abandonne, priant le Ciel qu'il n'aille pas vérifier les nouvelles informations fournies par sa mère indigne.
Je retourne m'assoir, je me drape dans le mutisme et la fierté toute trouée. Ne trouvant plus écho à sa mono plainte, l'enfant se dirige vers la chambre de sa soeur, entrain de faire ses devoirs, sourde à tout ce bazar. Il lui pose la question fatale:
é où galette?Et la voilà qui l'enserre de son bras et lui explique avec une voix toute empreinte de douceur et de calme, que les galettes bretonnes sont dans le placard, mais que s'il veut de la
vraie galette, il va falloir attendre presque deux mois qu'on fête les rois. Et ensuite elle lui propose de jouer avec sa piscine Playmobil. Tout tranquille, il s'exécute.
Ma mâchoire se décroche. Je suis déprimée. Anéantie. Je suis une mère nulle. Nulle.
Enfin, je tiens à dire que je viens de finir de rédiger cette note le cul posé sur une chaise de nain munie d'un coussin crabe, pour que le PitiGasson s'endorme en sécurité et tranquillité. J'ai emporté mon portable dans sa chambre, et que si on me retrouve morte demain, ce sera bien normal, l'apnée n'a qu'un temps, au bout d'un moment les gaz nauséabonds finissent par vous tuer. Oué je suis une mère nulle, mais j'ai le sens du sacrifice.
(mon dieu c'est une usine à prouts, je me saaaaauuuuuuveuuuh)