19 décembre 2007

angel n'est pas aidée

Ce matin, bravant le froid polaire, uniquement animée par un amour maternel profond pour mon PitiGasson, j'ai réussi à sortir de sous ma couette, ramper sous la douche, glisser dans mon jean, enfiler un pull et mon manteau, et sortir dans le Grand Congélateur Extérieur, afin d'accompagner mon enfant aux portes ouvertes de son cours de multisports. C'est que depuis plus d'un an qu'il pratique cette activité, impossible pour moi d'assister aux portes ouvertes: enceinte à gros bidon, puis maman d'une toute petite patate, j'avais du laisser ma place .
J'étais extrêmement fière d'aller voir mon fils se balancer sur le trapèze, faire des courses de relais et autres parcours avec obstacles.

Et surtout, n'ayant pas eu le temps de prendre un petit déjeuner, je comptais énormément sur le goûter festif des portes ouvertes pour m'éviter de passer en hypoglycémie. C'est en décédant intérieurement de la faim (juste eu le temps de choper 5 minuscules madeleines au chocolat avant de partir en trombe de l'appartement, et seulement 3 ont réussi à atterrir dans mon estomac, les deux autres étant détournées en plein vol vers le gouffre qui me sert de fils) que j'ai couru avec le zouzou le long de l'avenue jusqu'au gymnase.

En arrivant j'ai vu les deux animateurs terminer d'installer le buffet, extrêmement bien garni. Mazette. Mon estomac a gargouillé sévèrement, mais heureusement pour ma dignité de respectable mère de famille, ma couche de graisse abdominale aidée de trois strates de vêtements épais, a réussi à étouffer l'infamie. D'une zénitude que le Dalai Lama m'envierait certainement, je me suis dirigée d'un bon pas vers les vestiaires, afin que le PitiGasson se déleste de ses pelures de petit oignon anti-gel et qu'il enfile sa paire de baskets.

C'est avec des sanglots de désespoir totalement réprimés que je suis passée devant le buffet tentateur avec mon petit sportif: il apparaissait clairement que le goûter était installé pour APRES le cours. J'aurais bien grommelé des insanités à base de "faim bordel" et " ptin y'en a qui meurent d'une crise d'hypoglycémie" mais mes lèvres étaient doublement scellées par ma politesse naturelle d'une part, et le fait que je n'avais strictement rien apporté pour le goûter d'autre part, oubli et flemme s'étant astucieusement mêlés pour que je passe pour la rapiat de service. Shame on me.

Je passerai allégrement et avec la prestance souple et fluide qui me caractérise toujours, telle le jaguar agile dans la pampa un peu, sur le cours de sport qui me permit de constater que mon enfant adoré est extrêmement mignon quand il court en faisant le singe, ou qu'il essaie d'aller très vite avec un plot rouge sur la tête, et sans les mains.

Arrivons vite à la partie "goûter" de l'évènement sportif et social qui nous occupe, parce que vous je ne sais pas, mais moi je crève de faim.

Enfin le charmant animateur annonce que les enfants peuvent aller prendre le goûter. Youpi! Euh. Attendez? Les enfants?
ARE YOU KIDDIN ME MISTER?
Raaaaaaa, je vois les enfants qui se jettent sur toute cette nourriture qui m'appelle de sa petite voix de bouffe kré kré bonne "viens me manger, hummmm, je suis un délicieux gatal au choc" "grignote moi! je suis le sublime cake aux olives homemade" et surtout je me rends compte, alors que je vais pour m'approcher enfin de l'ElDorado de la Chip et du Savane, que tous les parents restent soigneusement à distance, et conversent aimablement pendant que leurs loustics se goinfrent. Mais c'est quoi ces empaffés de gens?

Le désespoir étend son ombre froide, sinistre, et affamée sur moi et ma faim démesurée. Je me vois déjà défaillir, j'ai des petites étoiles qui dansent devant les yeux, et la conversation de ma copine qui m'explique qu'elle est stressée par les travaux dans sa nouvelle maison, s'estompe peu à peu dans un brouhaha sonore.

C'est là, aux portes du vertige, que je réalise que certains enfants apportent de la nourriture à leur parents, dans une sublime inversion de la maman moineau nourrissant son petit qui piaille. Han. Mon fils, chair de ma chair, sang de mon sang, amour de ma vie, va-t-en donc à la recherche de mets succulents et vitaux pour ta mère en désespérance.

C'est avec des mots simples que je lui confie sa mission:

- Apporte moi un morceau de gâteau mon ptit coeur.

Il revient avec une chip. Une chip. Une chip. Unique. Ah. A mieux y regarder il s'agit d'un fragment de chip en fait. Il veut ma mort, c'est sûr. Ou alors il est totalement abruti. Mais vu qu'il porte pour moitié mon code génétique, ce n'est tout simplement pas envisageable. Peut-être a-t-il seulement mal compris?

- Rapporte moi du TEAU mon coeur. Pas des chips, du TEAU!

Il y retourne, et il revient avec une boulette apéritif à la cacahuète.
4 ans! Il a 4 ans! Ne me faîtes pas croire qu'il n'a pas compris la consigne ou que sa cervelle de piaf trouve le moyen de confondre "gâteau" avec "chip pourrie" le temps d'accéder au buffet? Il le fait éxeuprès le sale petit morpion qu'on a du me l'échanger à la maternité ce n'est pas possible que ce soit mon fils.
C'est ainsi que 5 fois de suite il m'apportera des bricoles en lieu et place de la tranche de gâteau exigée:

- Non du gâteau s'il te plait, du gâteau!

Revient avec un micron de chip au fromdu.

- MAIS DU GÂTEAU! GÂTEAU!

Se raboule avec une miette de cake.

- GÂTEAU! PAS CAKE, GÂTEAU!

Se ramène peinard avec un bout de chip mâchouillé par ses soins.

Je dépose les armes, je le sais, j'ai compris, je suis vaincue, il se venge de toutes les fois où je lui ai refusé un gâteau supplémentaire. Pour une fois qu'il a le pouvoir dans ses mains, il s'en sert, le petit morpion.

Ce n'est que quand les enfants retourneront jouer dans le gymnase, que je pourrais discretos m'approcher de la table, et baffrer du cake aux olives, me vautrer avec délice dans le gatal au chocolat, l'air de rien et le geste souple et détaché.



Epilogue:

Ma fille vient de rentrer de son atelier:
- Ah maman tu aurais du venir me chercher, il y avait un gigantesque bol de bonbons, et quatre délicieux gâteaux, tu aurais adoré!

TU M'ETONNES!



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