1.
L'Ado économisait depuis des mois pour aller à la Japan Expo. Elle était arrivée, à force de baby sitting et d'argent de poche mensuel, à réunir la coquette somme de 150 euros. Moi je dis bravo.
Il était convenu qu'elle aille dans ce haut lieu du manga, de l'anime, et des goodies en tous genre, avec une bande de copines tout aussi otaku qu'elle, et chaperonnées par la mère de l'une d'entre elles.
C'est que la convention est à Paris, qu'elle est réputée pour être bondée façon sardines déguisées en Pikachu, et que donc, je ne laisse pas ma minette de 14 ans et demi s'y rendre sans adulte pour superviser le trajet, et les déplacements sur place.
Et ce soir, alors que je demande le n° de téléphone de la mère assez dingo pour se sacrifier sur l'autel du kawaii et du cute, afin de m'assurer du bon déroulement des opérations mercredi - ma fille vient de m'annoncer qu'elles comptent partir avec le train de 7h30, ma fille, quoi, celle qu'il faut lever avec un seau d'eau le matin, bref - voilà que la donzelle m'annonce que la mère ne vient plus, mais tranquille Bill, à l'aise Blaise, voilà qu'elle est remplacée par le demi-frère de l'une des copines, 19 ans, il est adulte, c'est bon.
Euh.
Non.
J'explique le pourquoi du comment du non, ma fille légèrement éplorée comprend bien que c'est mortibus ratibus, et elle envoie donc une palanquée de sms à ses copines pour annoncer son malheur et son désespoir et son pied déjà dans la tombe.
L'une d'entre elle répond que, bah, sa mère, pareil, didon.
Ben tiens.
Une autre: Non mais ça va, t'iquiètes, en plus il vient pas seul, il vient avec plein de copains, c'est bon, dis ça à ta mère!
La mère en question, mon auguste personne donc, est légèrement entrée en phase de rire hystérique à la lecture du SMS.
Bah, oui, c'est le rêve de toute maman de jeune fille de 14 ans, de la laisser partir à Paris, à l'aube, avec des copines aussi naïves qu'elle, et accompagnées par une bande de gars de 19 balais.
Et la marmotte...
J'en ris encore.
Bah du coup elle a réussi à convaincre une copine d'aller se faire un resto dans la ville voisine à la place, et d'aller dévaliser le libraire d'occasion de ses mangas.
Bizarrement, je préfère.
Et comme je ne suis pas si méchante que ça, et qu'en ce moment elle me donne un sacré coup de main vu qu'elle est déjà en vacances et moi pas, je lui ai filé ce soir ma carte bleue pour qu'elle aille chez le traiteur à côté se commander un menu jap'. Elle ne s'en est pas encore remise.
19 ans. Quelle excellente idée!
2. Ce soir, pour la première fois de toute leur vie, mes gars sont allés se coucher sans dîner figurez-vous.
N'appelez pas cash les services sociaux, sans dîner veut dire que pour ne pas passer pour une affreuse tortionnaire je leur ai filé à chacun une compote en gourde et un yaourt à boire. Ils survivront, donc. Et si on dit qui dort dîne, c'est qu'il doit bien y avoir un fond de vérité.
Non mais c'est que là, quand y'en a marre, y'a pas Malabar.
Y'a maman qui explique gentiment qu'elle a demandé à ce qu'on trie le linge sale dans les cabas pour lui faciliter le boulot au niveau des lessives - ce qui va au sèche linge, ce qui va être étendu - tâche facile, à accomplir à deux, et qui est loin d'être nouvelle.
Y'a maman qui explique gentiment toujours que ce serait plutôt sympa de faire sans se bagarrer/chahuter/pousser des cris perçants/ des hurlements/ rigoler comme des bécasses sous acide - rayer les mentions inutiles - ah non, spa la peine, elles s'appliquent toutes sans exception.
Y'a maman qui explique que ce serait vraiment mieux de faire la tâche demandée dans le calme, pendant qu'elle dégivre une fois de plus cette saleté de congélo, rapport qu'une fois de plus il a été mal refermé, probablement par les petites mains de ceux qui viennent taxer des sorbets et ne font pas gaffe à refermer la porte correctement, vu qu'ils sont déjà partis vers d'autres horizons.
Et que ce n'est pas rigolo après une journée de boulot, de décongeler le congélo, quand on en a plein le dos.
Vu que les gars en ont strictement rien à carrer de ce que leur maman leur explique, et qu'ils font un barrouf' à ameuter tout le quartier si tout le quartier n'était pas fourré devant le match, ben je me suis un peu fâchée, rapport que j'avais bien expliqué le coup d'aller au lit sans dîner quand ils ont commencé à rentrer en mode tous aux abris.
Au lit sans manger, les mouflets!
La prochaine fois, au pain et à l'eau.
Ils n'ont pas vraiment fait leurs malins, quoique LeZèbre ait essayé une fois de plus de me faire passer pour la plus mauvaise mère du monde, et ensuite de battre sa coulpe en essayant de m'attendrir, et que LaPatate lui soit passé direct en mode larmoyant et drama queen, à base de "mais tu ne peux pas laisser ton enfant mourir de faim, tout de même??!!!???".
Si.
Au lit.
Dans la minute ils dormaient.
La fatigue d'avoir autant fait les cons, je suppose.
Debriefing demain matin, on va rire, je pense.
Ceci n'est pas un vrai dîner, on ne me la fait pas à moi
Du coup pour me remettre dans l'axe, me recentrer et respirer à nouveau
la zénitude, je me suis mise en cuisine, en discutant avec ma fille, en échangeant des sms, et en mijotant en même temps une énorme sauce tomate, une sauce crémeuse courgettes petits pois, un curry pois chiches aubergines tomates, et une gigantesque salade de pâtes pour le barbecue de l'école demain soir.
Me suis rendue compte que ce qui me calme le plus, ce n'est pas de faire la cuisine comme je le pensais au départ, mais bel et bien d'accomplir plusieurs tâches à la fois et de les terminer en même temps.
I'm a freak!
Mais je suis calme à nouveau, avec mes 7 bocaux au frigo, et ma salade pour 12 personnes.
Me reste à étendre le linge, et je pourrais dîner, moi.
Eheh.
3.
Ce matin dans ma classe, lâché de 8 paons du jour sortis de leur chrysalide pendant le week-end.
Je t'annonce que le paon du jour est un papillon peu farouche tout à fait ouvert au concept de grimper sur ton doigt dès lors que tu le lui présentes sous la trompe. Tu peux ensuite le transporter dans la classe jusqu'à la grande fenêtre ouverte, et attendre qu'il s'envole devant les yeux émerveillés des loulous. Et renouveler l'expérience 7 fois. Il reste encore 3 chrysalides, et un papillon tout neuf né pendant la récréation de l'après-midi, que j'ai laissé tranquille, histoire que ses ailes sèchent convenablement. Il n'ira pas au lit sans dîner, lui, il a une éponge imbibée d'eau sucrée à sa disposition.
Je kiffe mon job. Vous n'avez pas idée.