Ce n'est pas nouveau, cet enfant n'aime pas dormir. Enfin si, il aime dormir. Juste il n'aime pas dormir aux heures qu'on lui impose bande de vils parents qu'on est. Si on le laissait faire il se coucherait à 23h30, et se lèverait à 9h45, et sa maikresse ne verrait donc pas souvent le bout de son nez. Donc on ne le laisse pas faire. On est des vrais méchants. Attation.
Mais plus il grandit, plus il développe des stratégies pour ne pas se coucher. Enfin, pour ne pas resté couché. Parce que quoi qu'il en dise, tous les soirs il est au lit à 20h, 20h30 dernier carat si vraiment on est un pwal en retard.
Je te fais un inventaire, comme ça:
- la demande affective récidiviste: l'enfant demande un câlin, un aut' câlin, un bisou, encoh' un câlin maman. Il peut ensuite décider d'élargir à tout moment le cercle de son affection: au delà de ses parents, le frère, la soeur, les chats, les coussins du canapé ou la télécommande de la Wii, tout est bon les zamis.
- l'offre affective sans engagement: l'enfant vient te faire un câlin, t'escalade pour s'agripper autour de ton cou façon bébé gibbon qui veut pas dégringoler du haut de l'arbre, fourre son museau tout froid sous ton gras de bras pour dire que tu sens bon, te saute sur les genoux pour te bizouter et te demander une vidéo de marmotte - l'une de ses nouvelles passions-, etc etc etc.
- la défécation rituelle: l'enfant est-il à peine allongé dans son lit que ses sphincters ne peuvent tenir plus longtemps. Absolument là tout de suite il doit courir aux wawas. O bli gé. Là il va grimper sur le trône, déclamer pendant de très très longues minutes, - tu connaîtras tout du fond de sa pensée, et les voisins aussi - et nier toute tentative d'abrègement : naaaaaaaaaaaaa j'ai pas finiiiiiiiiiiiiiiii; et finir par descendre tout glorieux après avoir éjecté une mini crotte de lapin nain sous alimenté.
- la pantomime improvisée: l'enfant sort de sa chambre, déguisé la plupart du temps - il faudrait songer à enlever le panier des déguisements de dessous son lit d'ailleurs - accessoirisé, et il exécute son petit spectacle sous tes yeux pas content dutoudutou, c'est sensé te distraire et te faire rire et donc hop pas besoin d'aller au lit alors qu'on est si créatif que oh regarde maman, je suis un sorcier qui te transforme en crapaud, je suis la marraine la bonne fée et sa baguette magique - oui oui la marraine la bonne fée se trimballe à pwal le kiki au vent, avec une baguette chinoise à la main...
- le jeu à la va comme jte pousse: l'enfant sort de sa chambre, te voit qui le regarde avec des yeux furibonds, et il ne se démonte pas, hop hop, il beugle : "AAAAHHHH UN MONSK VITE SAUVONS NOUS!" et il court partout dans tous les sens à l'aveuglette limite dans l'appart, sauf dans son lit bien sûr.
- l'inquisition continue: l'enfant sort de sa chambre, non pas qu'il ne veuille pas dormir ah ça non alors, juste il s'interroge. Donc il lui faut des réponses. Là. Tout de suite. Qu'est-ce que tu fais? Et son papa, son frère, sa soeur, ses chats, sa maîtresse, ses mamies et ses papys, la boulangère et l'ambassadeur péruvien, ils font kwwwaaaaaaaaaaaaaaa? et pourkwaaaaaaaaaaa? Le tout avec la voix de la grenouille à grande bouche.
- l'opération commando: l'enfant ne sort pas de sa chambre. Non. Il rampe hors de sa chambre. Il sort sur la pointe des pieds et marche au ralenti en rasant les murs. Il espère que tu ne verras pas le ptit machin avec son pyj en 5 ans trop petit qui essaie de se débiner vers la chambre de son frère, terre d'asile s'il en est.
- le désespoir sans fond: l'enfant gémit, geint, pleure, sanglote, hurle son désespoir: il n'a pas sommeil, pourquoi il doit faire dodo d'abord, mais comment t'es méchante, j'ai pas sommeil moi, je veux pas mon lit, et pis y'a un monsk dans mon placard, un monsieur sous mon lit, et mon Doudou Magique j'en m'en fiche, il fait la fête avec les copains, il a le droit - là il plante son chien rouge avec ses autres peluches, pour bien signifier le fond de sa pensée.
- le sahel instantané: l'enfant a soif. Peu importe qu'il ait vidé l'équivalent d'une bassine avant d'aller se coucher. Il a tellement soif que si tu ne lui donnes pas tout de suite à boire, et attends il t'accompagne dans la cuisine vérifier que tu vas pas lui filer en douce un somnifère, il est tout à fait possible que tu ne retrouves de lui que de la poussière dans quelques minutes.
- la famine subite: l'enfant a faim. Non il ne vient pas de manger deux assiettes de pâtes, une tartine de fromage, une compote, un biscuit et trois fraises tagada qu'il a réussi à chourer dans le placard. Absolument pas. Il n'a rien mangé. Il a faim. On ne peut pas le mettre au lit comme ça, il lui faut au choix un biberon de chocolat ou une tartine de kiri. TOUT DE SUITE.
Et si rien ne fonctionne, l'enfant abat ce qu'il pense être sa meilleure carte:
- le mensonge éhonté: l'enfant se lève au bout de 10/15 minutes pendant lesquelles il est resté farpaitement immobile dans son lit. Il arrive tout guilleret et t'annonce la bouche en coeur " Ayé maman, j'ai fait mon dodo, cébon." " Si si j'ai dormi, j'ai fait un rêve, y'avait un monsk dans mon placard". " Non pas dodo, j'ai peur, y'a un monsk".
Et au final toi t'hésites à lui dire que le monsk il est dans le salon, qu'il bouffe les ptits pénibles qui ne dorment pas, et que le seul abri pour lui échapper c'est sous sa couette.
Pis t'as pitié de lui et tu lui dit pour la 392ème fois d'aller se recoucher.
Au bout d'un moment il dort.
Et toi aussi.
D'épuisement.