Je suis désolée mais le samedi matin c'est sérieux, c'est sacré, ça se respecte. Non mais. Alors quand c'est le samedi matin où la Lutine n'a pas école (liesse, bonheur, acclamations), je veux en profiter pour dormir jusque, allez, soyons fous, totalement irréalistes, disons 8h30. Dingue je sais, 8h30 c'est sauvage comme heure de réveil, ça fait vraiment je suis une rebelle et je me lève trop trop tard.
Sauf que le pauvre Chéwi, en plus de porter la terrible croix de la grossesse éprouvante de sa femme, et de se coltiner une bande de boutonneux dysorthographiques à longueur d'heures de cours, ce pauvre homme, avec ses cernes sous le menton et son dos courbé vieilli avant l'âge, ce forçat des temps modernes, tout dévoué à la cause de la maternité et des belles lettres, travaille le samedi matin. Pire encore, comme il a été écrit quelque part, on ne sait pas où exactement mais on cherche activement, qu'il devait becter son pain noir jusque la dernière miette, le seul bus pour arriver à l'heure est genre à 7:30. Il est heu-reux je ne vous dis que ça.
Mais pas autant que moi. On pourrait croire que dès 7:00 et jusque 8:30, heure hypothétique d'un réveil en toute félicité et grâce retrouvée, j'ai la pleine jouissance du lit commun, avec possibilités infinies d'étendage de guibolles, de vautrage en diagonale, de squattage d'oreiller, et j'en passe et des plus délicieuses. Mais, bien sûr, ce rêve fou fait l'impasse sur une donnée essentielle, que les plus attentifs et les plus sagaces d'entre vous auront déjà pointée de leur index malicieux. Oui j'évoque bien là le PitiGasson et son féroce dynamisme de Poule de Combat: il se lève avec le soleil, et entend que tout le monde en fasse autant. Et foin chez lui de lumière solaire suffisante, il se fie insticintivement au lever officiel de l'astre du jour, ce qui ne nous laissera que nos yeux pour pleurer au mois de juin, quand il pètera la forme dès 5:00 du mat' (et qu'on ira l'abandonner nuitamment sur le parvis d'une église de campagne).
Dès lors que chaque samedi matin de possible grasse mat', son paternel, sur la pointe des pompes, et dans le noir total, franchit en mode furtif la porte de notre appartement, l'enfant se réveille. Il sait. Il a un radar. Un sixième sens. Un truc.
Plus sérieusement, je crois que la clé dans la serrure lui met la puce à l'oreille, et le voisin qui se casse de chez lui 10 minutes plus tard en claquant sa porte comme un guedin, finit par le mettre en alerte maximum:
il faiiiiiiiiiiiiiiiiit zouuuuuuuuuuuuuuuuh il faut se leveeeeeeeeeeeeeeeeeer.
C'est là qu'il atterrit dans mon plumard, et malgré mon ignorance totale de sa personne- je vais même jusqu'à jouer les défuntes, mais que pouic, il me bizoute, me braille, me jargonne sa vie, me colle ses pieds froids sous les nichons, me proute sur les bras, me secoue, m'escalade, se ramasse une mandale agacée, revient à la charge, fait semblant de s'endormir trois minutes histoire que j'en fasse autant, pour mieux ensuite m'assommer à coups de télécommande, en réclamant les dessins animés. Que je finis par lui mettre, je préfère entendre
dis Didou dessine-moi une fleur pour ma maman d’un jaune resplendissant qui bouge avec le vent (
clique là, si tu oses) en fond sonore que son incessant babillage. Sa soeur en profite pour ramener sa fraise, attirée par le son de la téloche comme le chat par l'appel du paquet de croquettes. Au bout, d'un moment, de guerre lasse de les entendre se chipougner pour les biscuits qu'ils sont allés chaparder dans la cuisine, j'émerge et essaie d'exercer un semblant de discipline.
Et en ce moment, je suis enceinte (oui, sans déconner!), c'est dire si mon degré de dynamisme est au plus haut.
Ce qui nous donne, ce matin:
Il est 10:30, j'apelle Alix depuis le fond de mon lit, pour me plaindre de ces enfants ingrats levés à des heures indécentes, qui martyrisent leur pauvre mère bibendumesque et souffreteuse et kaput, et morte, quasi. Alors que ma fille est encore scotchée devant la télé, mon fils file aux toilettes pour un besoin urgent. Il revient, la poignée de la porte des wawas dans la main:
- Oh la poiné de la pohte des toilettes est tassée!
- Bah pose-la sur mon bureau, ton papa la réparera quand il rentrera du travail.
- Non non je la gahde, c'est un pitolet!
- Comme tu veux, mais ne la perds pas.
Alix au bout du fil se bidonne et me dit que je peux faire ma maline à critiquer
la maman de Trotro et son laxisme à tout épreuve, parce que franchement, je fais exactement pareil.
D'où cette conclusion évidente:
la maman de Trotro, en fait, ce n'est pas qu'elle se shoote au Lexomil, non non, juste elle est
enceinte. C'est tout.
Du coup, je la comprends mieux. La pauvre, elle aussi elle rêve à une thalasso au soleil avec des esclaves dévoués à ses moindres désirs et ce jusqu'à l'accouchement (sans douleur et rapide, merci).
Je compatirais presque, si j'avais encore une quelquonque once de gentillesse au fond de mon moi-même dévasté par les hormones. C'est dire.
A l'heure où j'écris, la poignée de la porte des wawas manque bien évidemment toujours à l'appel. Un jour, peut-être, nous la retrouverons. En attendant, dormons, tant que nous le pouvons.
ps: la note annoncée sur le déglingage de ce fabuleux magazine qu'est Famili arrive, juste il me faut un minimum de temps pour l'écrire, et je ne l'ai pas encore trouvé. On ne me laisse pas dormir suffisament, faut dire.